Quels sont les pays africains les plus performants en matière d’égalité hommes-femmes en 2025 ?, le rapport publié le mercredi 11 juin 2025 par le Forum économique mondial (WEF) apporte des éclairages à cette problématique. Ce rapport Intitulé « Global Gender Gap Report 2025 », révèle que les pays d’Afrique subsaharienne sont beaucoup plus performants que ceux du Maghreb, qui restent à la traîne pour des raisons culturelles et sociales liées aux normes patriarcales, à la religion et à la perception des rôles des deux sexes.
De manière concrète, la Namibie, le Cap-Vert et l’Afrique du Sud occupent le peloton de tête des pays africains les plus avancés en matière d’égalité hommes-femmes. Avec un score de 0,811 point, la Namibie est le pays le plus performant sur le continent en matière d’égalité hommes-femmes. Ce pays d’Afrique australe est le seul du continent à figurer dans le Top 10 mondial (8è rang).
S’agissant particulièrement du Gabon classé au 17e rang continental et 91e mondial, ces dernières années, le pays a connu une féminisation notable de ses plus hautes instances institutionnelles. Entre 2020 et 2023, plusieurs femmes ont accédé à des postes de tout premier plan : Premier ministre, présidente de la Cour constitutionnelle, présidente du Sénat, ministres en charge de l’Économie, du Budget, de la Défense, de la Justice et de l’Éducation. Une telle représentation féminine aurait pu marquer un tournant décisif dans la quête de l’égalité entre les sexes et dans la modernisation de l’appareil étatique. Une disposition qui s’est poursuivie tout au long de la période transitoire qui a précédé l’entrée de la 5e République.
Pour sa part, renchérit Paulette Missambo, la présidente du Sénat, « L’égalité femmes-hommes est une exigence pour le développement du Gabon ». Elle évoque à cet effet, les acquis concrets en la matière dans le pays. Notamment sur le plan législatif. « L’obligation scolaire s’applique désormais aussi bien aux filles qu’aux garçons. Dans l’administration, le principe “à diplôme égal, salaire égal” est désormais en vigueur. Et, fait marquant, l’égalité d’accès aux fonctions politiques et administratives est désormais inscrite dans la Constitution. Cela dépasse les anciennes mesures de quotas. C’est un appel à l’ambition, à la formation et à l’implication pleine et entière des femmes dans tous les secteurs de la société. Une autre avancée importante : l’adoption d’une loi contre les violences faites aux femmes. Mais là encore, il faut aller au-delà du cadre légal. Il est impératif de transformer les mentalités, de sensibiliser en profondeur. Nous avons encore enregistré un féminicide cette année. Cela montre l’ampleur du chemin à parcourir ».
Non sans évoquer les freins à une plus grande implication des femmes, notamment en politique. « L’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas un luxe, c’est une nécessité pour le développement harmonieux de notre pays», affirme Paulette Missambo qui indique en outre que « les obstacles sont multiples. Il y a d’abord la charge familiale qui pèse lourdement sur les femmes. Beaucoup hésitent à s’engager en politique car cela les expose, et elles craignent de négliger leur famille. Il manque aussi des structures de soutien : crèches, garderies, allocations. L’État doit créer un environnement favorable pour permettre aux femmes de s’engager sans sacrifier leur vie familiale. Il faut aussi que les hommes jouent pleinement leur rôle de partenaires, notamment dans la sphère domestique. Le partage des responsabilités est la clé pour libérer du temps et de l’espace aux femmes ».
Autrement dit, le Gabon est engagé dans une série d’initiatives et de stratégies pour promouvoir l’égalité des genres et améliorer les opportunités pour les femmes, particulièrement dans le cadre de sa nouvelle stratégie décennale 2024-2033. Elle s’articule autour de six axes : une Stratégie nationale pour l’égalité des genres ; des réformes législatives ; des initiatives de développement et financement ; une décennie de la Femme gabonaise ; la promotion de l’égalité à travers l’éducation et le sport et enfin par une intégration de la dimension genre dans les politiques nationales.
« À ce titre, il est essentiel que la femme gabonaise prenne pleinement conscience de son rôle historique dans le développement du pays. Elle doit refuser d’être un simple visage de vitrine, et s’armer de savoir, de rigueur et de courage pour incarner un leadership transformateur, fidèle aux valeurs de justice, de performance et de responsabilité. Le Gabon de demain ne se construira ni sur les illusions d’une parité de façade, ni sur les privilèges d’un genre. Il se bâtira sur l’excellence, l’intégrité et la capacité à agir dans l’intérêt général. C’est dans cette voie que les femmes du Gabon sont appelées à s’engager, non pour paraître, mais pour servir et bâtir », préconise, Justine Judith Lekogo, députée de la transition.
Le Cap-Vert (30è rang mondial) occupe la deuxième marche du podium à l’échelle africaine, devant l’Afrique du Sud (33è rang mondial), le Rwanda (39è), le Liberia (40è), le Burundi (44è), Eswatini (46è), le Zimbabwe (49è) et le Mozambique (53è). La Tanzanie (55è) ferme le Top 10 africain.
Les plus fortes progressions par rapport à l’édition 2024 du classement ont été réalisées par le Bénin (+21 rangs) Zambie (+13), le Cap-Vert (+11) et Madagascar (+8). Les plus fortes régressions ont concerné le Togo (-44 rangs), la Sierra Leone (-32), le Mozambique (-26,) et le Kenya (-23).
Sur l’échiquier mondiale, l’Islande conserve son rang de pays le plus avancé en matière d’égalité entre les sexes pour la seizième année consécutive, avec un score de 0,926 point. C’est le seul pays au monde à avoir dépassé le seuil des 90% de parité. La Finlande, la Norvège, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande complètent le Top 5 mondial.
Pour rappel, le « Global Gender Gap Report 2025 » scrute les disparités entre les femmes et les hommes en se basant sur une quinzaine d’indicateurs, dont le taux de participation au marché du travail, l’égalité des salaires pour un travail similaire, le taux d’alphabétisation, l’espérance de vie et les pourcentages de femmes députés et ministres. Ces indicateurs sont regroupés dans quatre domaines clés : participation économique, niveau d’éducation, santé et survie, autonomisation politique.
Le classement, qui suit les progrès depuis 2006, offre une analyse détaillée de l’évolution de 148 économies représentant plus des deux tiers de la population mondiale en s’appuyant sur des données récentes provenant d’institutions internationales telles que l’Organisation internationale du travail, l’UNESCO, ONU Femmes, la Banque mondiale et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
La méthode de calcul utilisée consiste à consolider différents indicateurs auxquels sont attribués des scores. Un pays dans lequel 20% des fonctions ministérielles sont occupées par des femmes obtient par exemple une note de 0,25 (20 femmes pour 80 hommes) dans le critère relatif à la représentation des femmes à la tête des ministères. Le score global est présenté sur une échelle de 0 à 1, 1 étant la parité absolue. L’écart entre les sexes est la distance par rapport à la parité totale.
En plus de l’échelle allant de 0 à 1 point, l’indice exprime également les progrès vers la parité en pourcentage, indiquant dans quelle mesure l’écart entre les hommes et les femmes a été comblé sur une échelle de 0 à 100%. Par ailleurs, l’écart entre les femmes et les hommes s’est légèrement réduit atteignant 68,8% au niveau mondial. Mais si l’on maintient le rythme d’évolution actuel, l’égalité totale ne sera atteinte que dans 123 ans.
Classement des pays africains les plus performants en matière d’égalité hommes-femmes en 2025 :
1-Namibie (8è)
2-Cap Vert (30è)
3-Afrique du Sud (33è)
4-Rwanda (39è)
5-Liberia (40è)
6-Burundi (44è)
7-Eswatini (46è)
8-Zimbabwe (49è)
9-Mozambique (53è)
10-Tanzanie (55è)
11-Madagascar (58è)
12-Botswana (60è)
13-Ethiopie (75è)
14-Zambie (79è)
15-Ouganda (80è)
16-Ghana (88è)
17-Gabon (91è)
18-Cameroun (93è)
19-Kenya (98è)
20-Lesotho (99è)
21-Maurice (111è)
22-Sierra Leone (112è)
23-Bénin (113è)
24-Gambie (114è)
25-Comores (115è)
26-Sénégal (116è)
27-Angola (117è)
28-Burkina Faso (120è)
29-Togo (121è)
30-Tunisie (123è)
31-Nigeria (124è)
32-Côte d’Ivoire (127è)
33-Maroc (137è)
34-Egypte (139è)
35-Mali (140è)
36-Algérie (141è)
37-Niger (142è)
38-RD Congo (143è)
39-Guinée (144è)
40-Tchad (146è)
41-Soudan (147è)



















