A la faveur de sa première visite officielle dans la région, et notamment à Yaoundé au Cameroun, la Secrétaire exécutive de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), Vera Songwe, a plaidé avec force, de voir le pays de Paul Biya, jouer un rôle de premier plan dans la ratification de l’Accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) tout en accélérant sa marche vers l’économie numérique.
« Avec la ZLECAf, les marchés vont s’ouvrir, la demande de biens et de services d’autres parties du continent augmenteront, et vous aurez la possibilité d’améliorer l’offre, pour un revenu qui contribuerait à parvenir à une croissance à deux chiffres décisifs pour l’émergence du Cameroun », a-t-elle déclaré lors d’un échange de haut niveau à l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC).
L’Accord de libre-échange, qui entrera bientôt en vigueur sur le continent avec une perspective de 1,2 milliard de consommateurs et d’un PIB collectif de plus de 2 500 milliards de dollars, constitue une voie d’interdépendance économique, a-t-elle affirmé.
L’avantage qu’offre cet accord réside dans le fait qu’il permet aux pays de se spécialiser dans leurs domaines de compétitivité et d’exporter de manière rentable vers leurs voisins immédiats et même vers les pays plus éloignés, a-t-elle déclaré. « La moitié de la viande de poulet consommée en Afrique provient du Brésil parce que nous ne produisons pas assez de céréale nécessaire pour l’élevage toute l’année », a-t-elle ajouté.
Cependant avec la ZLECAf, le Cameroun pourrait facilement importer du maïs du Botswana hors saison et inversement, a-t-elle indiqué. Elle a fait valoir que l’intégration économique et l’interdépendance économique étaient très importantes même pour un pays comme le Cameroun, dont l’économie est la plus diversifiée d’Afrique centrale.
Pour élucider son propos, elle a donné l’exemple de la récente surabondance de pétrole, qui a sans doute affecté les exportations du Cameroun vers l’Angola car ce dernier, fortement tributaire du pétrole pour ses revenus extérieurs, ne serait pas en mesure d’importer autant qu’il le faisait en temps normal du Cameroun, étant donné ses propres recettes pétrolières en baisse. « L’autre belle face de la ZLECAf, c’est qu’elle tient compte du collectif », et non les pays opérant de manière unilatérale, a-t-elle ajouté.
Pour Mme Songwe, la ZLECAf n’était pas simplement un accord commercial, mais un accord d’investissement destiné à stimuler les nouvelles entreprises du secteur manufacturier et des services, générant les emplois et la croissance économique.
Forte des assurances obtenues des représentants du gouvernement camerounais, la Secrétaire exécutive de la CEA s’est dite optimiste, mais a mis en garde que « les accords de zone de libre-échange ne deviendront pas une réalité si nous n’éliminons pas les barrières non tarifaires ». Elle a de ce fait expliqué le lien entre la mise en œuvre de l’accord de libre-échange et le renforcement de l’économie numérique. « Avec la mise en place de l’économie numérique, la ZLECAf donnera lieu à une Afrique où la pauvreté sera une chose du passé », a déclaré Mme Songwe.
Au regard de ces multiples enjeux, la Secrétaire exécutive de la CEA a exhorté les décideurs politiques du Cameroun à accroître l’accès à la large bande, à en réduire les coûts et en améliorer la qualité afin de donner à son économie numérique un effet de levier maximal.
Selon elle, il s’agit d’une économie numérique où les Africains créent eux-mêmes des entreprises de logiciels et numériques et ont facilement accès à l’enregistrement et à la certification des droits de propriété intellectuelle. « Les pays africains devaient donc réduire de toute urgence les coûts prohibitifs de la certification de la propriété intellectuelle et laisser se développer des initiatives numériques telles que celles mises en place dans Silicon Mountain (nom de la communauté de startups technologiques de Buea, dans la Région du Sud-Ouest du pays) », a-t-elle poursuivi.
Elle a de ce fait, encouragé le Cameroun à développer un système d’Identification numérique (ID) pour ses citoyens. Cela leur permettrait d’avoir un meilleur accès à l’éducation et aux services d’e-gouvernement, tout en améliorant l’inclusion sociale, la technologie financière, la sécurité et la gouvernance.
Notant qu’il s’agissait d’une question de politique gouvernementale, Mme Songwe a rappelé que « grâce à un programme d’identification numérique, l’Inde était en mesure d’enregistrer un milliard de personnes en quatre ans. Cela signifie que nous pouvons le faire au Cameroun ».
Pour conclure sur la prouesse de l’Afrique à créer un marché unique, Mme Vera Songwe a relever que : «Cela semble impossible tant qu’on ne l’a pas encore réalisé. C’est chose faite désormais, et n’avons plus qu’à en récolter les fruits ».
La Rédaction avec la CEA






























