Si la zone a retrouvé des fondamentaux économiques plus sains, les mesures qui ont été mises en œuvre pour endiguer les effets de la crise ne devraient pas permettre de résoudre en profondeur les faiblesses des économies.
Selon les experts, il se pose en premier lieu, la nature de l’ajustement qui a été opéré soulève la question de sa soutenabilité. L’intention initiale était de réduire en priorité les dépenses courantes en préservant autant que possible les dépenses en capital, et de mobiliser de nouvelles recettes en menant des réformes permettant d’élargir l’assiette fiscale afin de ne pas faire porter l’accroissement de l’effort fiscal sur un nombre trop limité de contribuables.
En réalité, sur le volet dépenses, l’essentiel de l’ajustement a été réalisé via la réduction drastique des programmes d’investissement public qui avaient été engagés depuis le début des années 2010 grâce aux nouvelles marges de manœuvre dégagées par les opérations d’annulation de dette.
En parallèle, les efforts pour réduire les dépenses courantes, et notamment la masse salariale, ont été plus limités, même si au Cameroun, par exemple, une opération de comptage physique des fonctionnaires a été réalisée et a permis à l’Etat de réaliser une économie de 20 Mds FCFA en 2018, soit 2 % de la masse salariale totale. En matière de recettes, les mesures en faveur de la mobilisation de nouvelles recettes n’ont apporté que peu de résultats.
Les bonnes performances budgétaires affichées actuellement par les pays de la zone sont donc également le fruit d’un environnement économique global plus favorable qui leur a permis d’engranger davantage de recettes pétrolières (+952 Mds FCFA entre 2017 et 2018, soit +51,8 % sur un an).
Ensuite, le réendettement rapide des pays de la CEMAC jusqu’en 2016 représente une limite aux investissements dans l’amélioration des infrastructures publiques. Des progrès ont été réalisés dans le cadre du programme : la situation est moins opaque, et la trajectoire d’endettement du Gabon et du Congo s’est inversée. Mais quatre pays de la zone sont désormais soit en situation de risque élevé de surendettement (Cameroun, Centrafrique, Tchad) soit dans l’obligation de restructurer leur dette (Congo).
L’introduction de plafonds d’endettement dans les critères des programmes du FMI, motivés par la nécessité de retrouver une trajectoire d’endettement plus soutenable, représente un frein à la reprise du secteur non-pétrolier qui avait pendant de nombreuses années été stimulé par la commande publique.
Enfin, une décomposition de la reprise de la croissance observée depuis 2018 met en évidence le fait que le regain d’activité est en grande partie porté par la dynamique du secteur pétrolier, et que l’objectif de diversification économique qui avait pourtant été remis en avant par les différents gouvernements des pays de la CEMAC suite à la crise – à travers notamment l’adoption du Programme des réformes économiques et financières (PREF-CEMAC) en juillet 2016 – n’a pour l’instant pas apporté de résultats probants.
Certes, les effets de ce type de politique ne peuvent s’observer que sur le long terme mais force est de constater que le contexte actuel s’avère assez peu favorable à leur mise en œuvre, que ce soit en raison de la faiblesse des capacités publiques ou de la dégradation du climat des affaires qui se traduit par une moindre attractivité vis-à-vis des investisseurs étrangers.
L’urgence à engager la transformation structurelle des économies d’Afrique centrale se fait pourtant chaque année de plus en plus forte. Le secteur pétrolier ne devrait plus connaître la même dynamique que lors des années 2000. Les prix ne devraient a priori pas retrouver leur niveau d’avant-crise et la production de la CEMAC suit depuis plusieurs années une tendance à la baisse (-25 % entre le pic atteint en 2010 et 2017).
La zone enregistre depuis 2018 une légère hausse grâce à la mise en exploitation du champ Moho-Nord au Congo, dont la production est largement supérieure aux anticipations, mais celle-ci ne devrait être que transitoire : selon les prévisions du FMI, la production de la CEMAC devrait à nouveau commencer à décliner à partir de 2020. La plupart des pays de la zone reste aujourd’hui encore dépendants des appuis apportés par les bailleurs. La principale interrogation réside donc dans la capacité des États à mener les réformes qui permettront de jeter les bases d’un développement plus équilibré.
Avec la Direction général du Trésor français






























