Au regard des maigres mérites que peut encore présenter le FCFA, la France, par l’entremise de son ministre français des Finances, Bruno le Maire réitère qu’il revient aux Africains eux-mêmes, de décider de l’avenir du FCFA et partant de la Zone franc. Une manière pure et simple pour Paris, de refiler la patate chaude aux dirigeants africains.
A la limite du ‘’Pons pilatisme’’, les propos de Bruno le Maire, non seulement cachent mal la position de la France sur ce dossier. Ils traduisent tout aussi claire, tout l’embarras et la gêne que suscite la question du FCFA au niveau de l’hexagone. A bien y regarder, l’argentier français, reste droit dans les déclarations de son patron, Emmanuel Macron. Qui, le 28 novembre 2017 à Ouagadougou avait du mal à convaincre l’Afrique toute entière sur ce sujet du FCFA. C’était à la faveur d’une rencontre avec les étudiants Burkinabé, en présence de son homologue burkinabé Roch Marc Christian Kaboré.
« … Le franc CFA, c’est un choix des Etats membres de la zone CFA. Si le président burkinabé décide de ne plus y être, il n’y est plus. Ce sont les Etats africains qui sont les maîtres de leur destin. N’ayez pas ce discours de revendication postcolonial, il n’y a pas de joug… J’accompagnerai la solution portée par l’ensemble des pays de la zone franc. Je suis favorable au changement de périmètre et au changement de nom. C’est les pays qui décident. C’est pour la France un non-sujet mais pour vos dirigeants un vrai sujet.», avait déclaré le chef de l’Etat français.
Selon les observateurs Bruno le Maire est resté inflexible dans la position française. Celle de mettre les dirigeants africains de la Zone franc dos au mur. En les renvoyant à leurs propres responsabilités. «C’est aux Etats africains d’en décider. C’est à eux et à eux seuls d’en décider » avait à son tour indiqué le ministre français, le 11 octobre 2019, lors de la réunion des ministres de Finances de la Zone franc qui se tenait Paris.
Poursuite des éloges
Au contraire, cette réunion aura une fois de plus, constitué l’occasion à l’argentier français de poursuivre l’éloge de cet espace monétaire dont les quantités de salive et d’encre sont devenues consistantes. Selon lui, ‘’la zone Franc est un espace de stabilité et de prospérité «dans un contexte de forte inflation dans le reste de l’Afrique et de guerre des monnaies dans le monde. Et Bruno Le Maire de préciser sa pensée: Être ensemble, ça protège ! C’est vrai pour les États de la zone franc et c’est vrai pour les États de la zone euro », a-t-il souligné.
La France est-elle sincère dans cette approche ? À chacun d’apprécier. Difficile tout de même d’y croire. Surtout lorsqu’on croit savoir que l’avènement du FCFA obérait à certains accords et engagements à la limite confidentiels, paraphés lors de la période de la décolonisation entre les ex-territoires coloniaux et la métropole française. Malgré tout, le sujet semble avoir dépassé le stade de tabou. L’une des grandes avancées étant certainement que son parapheur est désormais ouvert à nombre de rencontres économiques financières internationales.
A propos du FCFA
L’émission monétaire en Afrique centrale remonte à 1920, lorsque le privilège d’émission de la Banque de l’Afrique occidentale été étendue à l’Afrique équatoriale française. Pendant la seconde guerre mondiale, l’Afrique représentant l’essentiel du territoire de la France Libre, l’émission des billets en Afrique sera assurée par l’Afrique française libre (AFL), puis par la Caisse centrale de la France libre (CCFL).
En 1958, le Franc des colonies françaises d’Afrique devient le Franc de la communauté française d’Afrique et signifie aujourd’hui ‘’Franc de la coopération financière en Afrique centrale’’ pour les pays de la CEMAC et ‘’ Franc de la communauté financière d’Afrique’’ pour les pays membres de l’Union économique et monétaire ouest africain (UEMOA).
Avènement du FCFA
En 1946, l’ancien empire colonial français va se regrouper en Union monétaire sous des appellation différentes : Départements d’outre-mer, territoires d’outre-mer, territoire sous mandat… qui seront autant de territoires d’émission d’entités différentes créées pour évoluer dans une ‘’zone Franc ‘’ qui va comporter une monnaie directrice, le franc métropolitain, et des monnaies satellisée, c’est ainsi qu’est né le FCFA (Colonies françaises d’Afrique) le 26 décembre 1945 à la parité de 1 FCFA = 1,70 FF.
Le FCFA, une devise complexe
En 1958, le Franc des colonies françaises d’Afrique devient le Franc de la communauté française d’Afrique et signifie aujourd’hui ‘’Franc de la coopération financière en Afrique centrale’’ pour les pays de la CEMAC et ‘’ Franc de la communauté financière d’Afrique’’ pour les pays membres de l’Union économique et monétaire ouest africain (UEMOA).
Le Franc CFA est donc une appellation commune aux deux monnaies circulant dans les 14 pays membres de la Zone Franc. Le Trésor français garantie sa convertibilité extérieure. Pour les pays de la Zone CEMAC il s’agit du Cameroun, de la RCA, du Congo, du Gabon, de la Guinée Equatoriale et du Tchad. C’est la BEAC qui émet ce Franc CFA. Pour les pays de la Zone UEMOA : le Bénin, le Burkina, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Dans cet espace, c’est la BCEAO qui émet ce FCFA.
Deux grandes et profondes mutations
Jusqu’au 12 janvier 1994, la parité était de 1 FF pour 50 F.CFA ou 1 F.CFA pour 0,02 FF. Depuis cette date, le FCFA a subi un réalignement monétaire par rapport au franc français et une nouvelle parité a été définie au taux de 1 Franc français pour 100 Francs CFA ou 1 Franc CFA pour 0,01 Franc français. Avec l’avènement de la monnaie unique européenne et l’arrimage du franc CFA à l’Euro, la parité FF/EUR est de 1 EUR = 6,55957 FF. Soit, de manière mécanique depuis le 1er janvier 1999, 1 EUR = 655,957 FCFA.
Marcel Saint-clair EYENE





























