En séjour à Libreville, le président de la Chambre africaine de l’énergie, NJ AYUK s’est entretenu avec notre rédaction sur les atouts, ainsi que les perceptives du secteur des hydrocarbures gabonais. Lecture …
Conjonctures Economiques : La Chambre africaine de l’énergie séjournait à Libreville cette semaine. Pouvez-vous nous décliner les raisons de cette présence en terre gabonaise ?
NJ AYUK : Le Gabon se positionne comme nouveau centre de l’énergie en Afrique centrale, et en Afrique sub-saharienne en général. Après plusieurs années pendant lesquelles la production a stagné et l’industrie a dû faire face au déclin des cours du baril, le Gabon revient en force.
Le nouveau Code des Hydrocarbures par exemple s’inscrit dans un mouvement de réformes africain et vient redynamiser l’environnement des affaires gabonais avec un régime fiscal plus attractif pour les investisseurs. Alors que de nombreux pays africains peinent à attirer de nouveaux investissements dans leurs bassins sédimentaires, le Gabon a signé depuis l’an dernier plus d’une dizaine de nouveaux contrats d’exploration.
Etant donné l’environnement actuel, c’est un exploit ! De même, le Gabon a maintenu un nombre très important de puits de forage sur son territoire ces douze derniers mois, attestant d’une réelle dynamique sur le marché. Le dernier compte de Baker Hughes GE de janvier 2020 en fait état de 9. C’est plus que l’Angola, qui produit pourtant six fois plus de pétrole que le Gabon.
La Chambre africaine de l’énergie est donc au Gabon pour apporter tout son soutien au gouvernement, mais également et surtout au secteur privé, afin d’assurer que la relance du secteur soit continue et se traduise par une réelle croissance pour l’économie locale.
Le Gabon possède d’importantes ressources en matière d’énergie. Dans quel sens, la Chambre africaine de l’énergie peut-elle aider le pays à tirer meilleur profit de ces abondantes ressources ?
Nous voyons deux grosses opportunités pour le Gabon actuellement. La première est en matière de contenu local, et la deuxième porte sur le développement de l’industrie du gaz. Le nouveau Code des Hydrocarbures ouvre la voie à la fois à un rôle clé de la Gabon Oil Company pour forger des partenariats avec les investisseurs et acteurs du secteur, et au développement d’entreprises autochtones à travers la chaine de valeur. L’accent mis sur le contenu local au sein de ce nouveau Code est clair, et traduit la volonté du Gabon de croitre son économie locale, d’encourager l’entreprenariat et de faire en sorte que l’exploitation des ressources nationales bénéficie encore plus les Gabonais.
La Chambre africaine de l’énergie a contribué au développement de législations sur le contenu local presque partout en Afrique, et apporte désormais son soutien aux secteurs privé et public par le déploiement de programmes de formation et de renforcement des capacités locales. Mettre des lois en place est une chose, mais s’assurer que les entreprises locales aient accès à des opportunités et puissent les saisir passe par un renforcement de leurs capacités. Il faut donc soutenir les acteurs du secteur en les formant correctement et en leur donnant les moyens d’être indépendants et de pouvoir travailler à travers la chaine de valeur.
Le gaz naturel est un autre domaine dans lequel nous pensons pouvoir soutenir le Gabon. Jusqu’ici, le Gabon est demeuré un marché pétrolier. Mais il y a également d’abondantes réserves de gaz dans le pays. Leur exploitation pourrait créer des milliers d’emploi et soutenir le développement industriel à travers le pays. Le gaz naturel est un combustible propre, qui produit de l’électricité propre et à bas coût. Son exploitation peut donc permettre d’augmenter considérablement les capacités de production d’électricité du Gabon.
De même, la valorisation du gaz à travers les industries pétrochimiques ou d’engrais permet de diversifier la production nationale et de soutenir le tissu industriel tout en créant de l’emploi. Au Gabon comme ailleurs, le gaz naturel est une énergie pour le futur. Nous espérons donc pouvoir soutenir la structuration de cette chaine de valeur du gaz et éclairer les investisseurs potentiels sur les opportunités offertes par les réserves de gaz du Gabon.
Quelle appréciation faites-vous du nouveau Code des Hydrocarbures récemment adopté par le l’Etat gabonais ?
Le nouveau Code des Hydrocarbures du Gabon répond à un besoin à la fois de moderniser l’ancien cadre réglementaire, mais aussi de maintenir la compétitivité du Gabon pour les investisseurs. Il donne donc notamment de meilleures conditions fiscales pour les investisseurs, dans un effort de dynamiser l’exploration en pétrole et en gaz.
Nous notons particulièrement l’accent mis sur le contenu local, avec l’introduction du concept d’entreprise autochtone. Ces entreprises gérées par des gabonais ont désormais la préférence et priorité dans l’exploitation de découvertes et champs marginaux. Ceci un moyen très efficace de développer des entreprises locales, comme l’a fait le Nigeria par exemple, qui compte maintenant des dizaines de sociétés nigérianes productrices de pétrole et de gaz.
Au-delà du secteur amont, le nouveau Code mets également en place les mécanismes nécessaires pour encourager le développement des sociétés gabonaises de biens et services. Dans son ensemble, il modernise le cadre réglementaire gabonais et place l’industrie dans l’ère de son temps, avec un accent justifié sur le besoin de développer les capacités locales et générer de l’emploi pour la main d’œuvre nationale.
Vous militez pour une forte implication du secteur privé dans la croissance du secteur énergétique gabonais. Que préconisez-vous concrètement pour cette approche ?
Le secteur privé sera, au Gabon comme partout, la base de la croissance future de l’économie. Cette approche doit s’accompagner de plusieurs choses. D’abord, il faut s’assurer que les sociétés gabonaises privées développent les capacités et la gouvernance nécessaires à leur succès. Cela passe notamment par des programmes de formation de leurs dirigeants et de leurs employés, et par l’adoption des meilleures pratiques internationales en termes de gouvernance.
En mettant ces systèmes en place, le secteur privé se donne les moyens nécessaires pour à la fois travailler sur des projets plus significatifs, mais aussi pour attirer des partenariats solides avec les investisseurs internationaux, qui favoriseront les co-entreprises et les transferts de technologie.
Les énergies fossiles semblent d’avantage laisser progressivement place aux énergies renouvelables. Que prévoit la Chambre africaine de l’énergie pour cette transition ?
La Chambre africaine de l’énergie soutient pleinement cette transition. Les énergies renouvelables doivent faire partie de la transition énergétique africaine et leur développement doit être davantage encouragé. C’est d’ailleurs pour la même raison que nous travaillons principalement sur le développement du gaz naturel : le solaire ou l’éolien étant des énergies intermittentes, elles ne s’intègrent à nos réseaux électriques que si elles sont couplées avec une autre source d’énergie.
Le gaz étant un combustible très propre qui génère peu d’émissions carbone, il se place comme parfaite solution à une transition énergétique vers un futur plus durable. Donc notre message est de dire oui aux énergies renouvelables, mais seulement en parallèle d’un développement bien plus poussé du gaz naturel dans le mix énergétique africain.
Quels regards portez-vous sur le secteur énergétique gabonais. Autrement dit, ses perspectives à court, moyen et long termes ?
Notre regard est extrêmement positif. Le Gabon fait preuve de volonté et vision politiques, et ce leadership se traduira par une croissance accrue de son secteur de l’énergie. À court terme, on peut s’attendre à plusieurs découvertes dans le future proche. Les activités d’exploration en cours, ainsi que le 12e Appel d’offre cette année, vont certainement se traduire par de nouveaux contrats et découvertes.
A moyen et long termes, les perspectives du Gabon reposeront sur sa capacité à développer ses entreprises locales et à former sa main d’œuvre, ainsi qu’à attirer des investissements dans son infrastructure et son segment aval. Le Gabon a le potentiel d’attirer plusieurs projets tels que des centrales électriques et des raffineries, ou de développer de nouvelles industries telles que la pétrochimie ou les engrais. Les investisseurs répondent déjà positivement à la trajectoire que le pays prend, il faut donc maintenant concrétiser cet appétit par des contrats qui propulseront le pays davantage vers un avenir prospère.































