Yves Bertrand Solanga, le président de l’Association des Petites entreprises du Cameroun (APEC) et CEO de Light Group est un jeune loup aux dents bien incisives. Il nourrit une autre idée de l’entrepreneuriat pour le continent. M. Solanga souhaite en effet la voir arrimée au cadre de la francophonie. Une vision qu’il incarne avec succès dans sa structure, Light Group et dont la création procède d’un constat fait, alors qu’il travaillait pour une entreprise pétrolière de la place.
« Nos entreprises et nos institutions manquent cruellement d’outils technologiques adaptés à leurs réalités, qu’il s’agisse de la gestion des actifs, de l’énergie, ou du suivi opérationnel sur le terrain. J’ai donc voulu bâtir une entreprise africaine capable de concevoir, fabriquer et déployer des solutions technologiques locales, dans des secteurs souvent réservés aux multinationales », renseigne-t-il.
Et de poursuivre, « Au fil des années, j’ai eu le privilège d’être distingué à plusieurs reprises pour mon engagement en faveur de l’innovation locale et de l’entrepreneuriat, par des institutions nationales et internationales telles que le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la présidence de la République du Cameroun par le biais de l’Agence de promotion des PME (APME), l’Agence française de développement (AFD), l’Institut national de recherche scientifique et Industrielle de la Zambie et j’en passe… »
Toujours selon lui, «La France occupe d’ailleurs une place particulière dans mon parcours, déjà parce que c’est un écosystème d’innovation que j’observe et avec lequel j’entretiens des relations de partenariat, mais également parce que j’ai été financièrement soutenu grâce à des programmes tels Meet Africa financés par l’AFD et l’Union européenne. Par ailleurs, c’est un pays qui m’a permis de renforcer mes capacités intellectuelles, techniques et technologiques.», déclare-t-il.
En tant que président de l’APEC, la mission d’Yves Bertrand Solanga est de redonner une voix et une place aux petites entreprises dans l’économie nationale. « Je suis personnellement convaincu que le renforcement des petites entreprises n’est pas seulement un enjeu économique, mais aussi un levier de souveraineté, de stabilité sociale et d’innovation. Notre objectif est de passer d’une économie de microentreprises isolées à un écosystème d’entreprises interconnectées et compétitives. Si chez Light Group, nous avons instauré un programme de formation interne en ingénierie embarquée, IoT et gestion d’actifs numériques avec l’appui de nos partenaires en France et en Chine, programme qui a permis à plusieurs jeunes diplômés de trouver leur premier emploi, à l’APEC, nous mettons sur pied l’initiative « Jeune Dirigeant », qui permet à de jeunes porteurs de projets d’être accompagnés par des entrepreneurs expérimentés.»
Un écosystème entrepreneurial camerounais dynamique, mais encore trop fragile
Pour ce jeune chef d’entreprise, l’écosystème entrepreneuriale au Cameroun est dynamique, mais encore trop fragile. « Nous avons des entrepreneurs brillants, mais qui manquent souvent de structures, de financement, et d’un environnement administratif simplifié. Ses forces : une jeunesse créative, un marché vaste, et une vraie culture de débrouillardise… Ses faiblesses : un accès difficile au crédit, une bureaucratie lente, et un manque de synergie entre le public et le privé.
Le Cameroun a besoin d’entrepreneurs rigoureux, intègres et audacieux
De l’avis de M. Solanga, le rôle de l’APEC est de créer des passerelles entre PME et grandes entreprises, entre start-ups et institutions, entre idée et marché. Dans ce cadre, trois secteurs vont exploser selon lui : «L’agritech et la foodtech, avec l’intégration du numérique dans la chaîne de valeur agricole, l’énergie décentralisée (solaire, mini-grids, gestion intelligente de l’énergie) et les technologies de connectivité (IoT, téléjaulage, data industrielle). Ce sont des domaines dans lesquels la demande est réelle et où nous pouvons bâtir une souveraineté technologique africaine. Le Cameroun a besoin d’entrepreneurs rigoureux, intègres et audacieux. Le premier conseil d’ailleurs que je donne à un jeune qui souhaite entreprendre, c’est : commence petit, mais pense grand. Ne cherche pas à impressionner, cherche à résoudre un vrai problème. Surtout, sois patient : la réussite n’est pas un sprint, c’est une course d’endurance ! »
Le temps pour l’Afrique de cesser de consommer les technologies des autres pour concevoir les siennes…
Pour Yves Bertrand Solanga l’année se veut une année charnière. « Chez Light Group, nous lançons la phase pilote de notre réseau LoRaWAN sur plusieurs hectares et un projet de suivi intelligent du bétail avec MTN Cameroun et des éleveurs de l’Adamaoua. A l’APEC, nous travaillons à la mise en place d’un fonds d’appui aux PME et à l’organisation du tout premier congrès national des petites entreprises. Nous avons encore du pain sur la planche et cela ne va pas s’arrêter… il est temps que l’Afrique cesse de consommer les technologies des autres pour concevoir les siennes. Nous avons tout : le talent, la jeunesse et les besoins. Il nous manque juste la volonté collective afin de construire un modèle africain de réussite technologique. Nous devons aussi bâtir une francophonie entrepreneuriale, où les jeunes de Yaoundé, Dakar, Paris ou Montréal collaborent sur des projets communs », conclu-t-il.



















