Mythe ou réalité ? à chacun d’apprécier. Qu’à cela ne tienne, selon M. Zouari, le Gabon détrône désormais en termes de richesse par habitant, le Botswana, deuxième producteur mondial de diamants, pour devenir le pays le plus riche du continent, hors très petits pays à la population et à la superficie particulièrement réduites, et majoritairement insulaires.
Ilyes Zouari explique que cette performance du pays est due aux importantes avancées en matière de diversification, à l’origine d’une économie plus solide et résiliente, et s’accompagnant de nombreuses réformes facilitant l’entreprenariat, ainsi que d’une modernisation rapide du pays, dans le respect de l’environnement. Plusieurs facteurs sont particulièrement scrutés. L’on note entre autres, le PIB par habitant, la diversification, les réformes et la résilience de l’économie résiliente.
7 006 dollars par habitant début 2021
En matière de PIB par hantant, M. Zouari s’appuie sur les données récemment publiées par la Banque mondiale. En effet, explique-t-il, « le Gabon affichait un PIB par habitant de 7 000 dollars début 2021, dépassant ainsi celui du Botswana, qui s’établissait à 6 711 dollars. Le Gabon devient ainsi le pays le plus riche du continent, hors très petits pays ne pouvant être pris en compte pour l’établissement de comparaisons pertinentes en matière de richesse et de développement économique et social, en raison d’une très faible population (moins de 1,5 million d’habitants) et d’une superficie particulièrement réduite, avec un territoire parfois à peine visible sur une carte géographique ».
Il s’agit notamment de Maurice, des Seychelles et de la Guinée équatoriale, qui affichent une richesse par habitant supérieure, mais dont la population est comprise entre seulement 0,1 et 1,4 million d’habitants, et dont le territoire est très limité (la Guinée équatoriale et Maurice, les deux moins petits de ces trois pays partiellement francophones, étant respectivement 9,5 fois et 131 fois moins étendus que le Gabon…).
Diversification, réformes et économie résiliente
Selon le rapport, les bonnes performances du Gabon résultent principalement d’une politique volontariste en matière de diversification menée au cours de la dernière décennie, dans le cadre de la mise en œuvre du Plan stratégique Gabon émergent (PSGE), lancé en 2009. Visant à le sortir de sa forte dépendance aux industries extractives, tout en œuvrant à en tirer davantage profit en commençant à transformer localement une partie de la production, ce plan consiste à industrialiser le pays en s’appuyant grandement sur le développement de la filière bois et de l’agriculture, ainsi qu’à investir dans les services en développant notamment le secteur du numérique, et plus récemment le tourisme.
Et dans ce cadre, le Gabon s’était illustré par la mise en œuvre d’une mesure très audacieuse dès le 1er janvier 2010, en interdisant l’exportation de grumes afin de valoriser la filière bois à travers la transformation locale avant exportation, et avec à la clé la création d’un tissu industriel source d’une valeur ajoutée bien plus importante.
Toujours dans cette optique, le gouvernement a mis en place une série de mesures incitatives afin d’attirer les investisseurs, dont, par exemple, la création de la zone économique spéciale (ZES) de Nkok, vaste zone franche s’étendant sur 1 1126 hectares à proximité de la capitale, et créée grâce à un partenariat public-privé (PPP) avec le groupe singapourien Olam, géant mondial de l’agroalimentaire. Cette zone abrite désormais près de 80 entreprises (très majoritairement, mais pas uniquement, dans le secteur du bois), et représente à elle seule un tiers de la production nationale de bois transformé.
Grace à cette politique, le Gabon a ainsi multiplié par deux le poids de cette filière dans l’économie nationale, qui pèse désormais pour près de 5 % du PIB et 13 % des exportations de marchandises (13,5 % en 2020). Cette performance s’est notablement traduite par la multiplication par quatre du volume du bois transformé sur la même période, la création de plusieurs milliers d’emplois, et ce, tout en réduisant le volume total de bois coupé !
En quelques années seulement, le Gabon s’est ainsi hissé au premier rang africain et au troisième rang mondial pour la production de contreplaqués. Par ailleurs, le pays vient récemment de monter encore en gamme en commençant à produire des meubles exportables, et envisage même de devenir prochainement un des dix principaux exportateurs mondiaux en la matière. De plus, le développement de l’industrie de transformation du bois commence à entraîner l’apparition de nouvelles industries produisant d’autres matières nécessaires à cette activité. Ainsi, la première usine de fabrication de colle pour contreplaqué vient tout juste de démarrer sa production, en septembre dernier, et constitue une première dans les pays de la zone Cemac.
Plus récemment, en juin 2021, et dans le cadre du Plan d’accélération de la transformation (PAT) lancé en début d’année, le gouvernement est même allé jusqu’à adopter une loi imposant aux entreprises actives dans le domaine de la distribution alimentaire de se fournir à hauteur de 50 % auprès de producteurs locaux pour leurs stocks de produits frais et transformés.
Le pays a également œuvré à développer des cultures destinées principalement à l’exportation, et notamment celles du palmier à huile (pour l’huile de palme) et de l’hévéa, ou encore le café et le cacao qu’il souhaite relancer. En 2020, et malgré la pandémie, les exportations d’huile de palme ont bondi de 59 %, et représentaient déjà 0,6 % des exportations du pays, quelques années seulement après les premières plantations d’arbres.
Ayant inauguré en 2017 la plus grande usine d’huile de palme du continent, le Gabon ambitionne de devenir prochainement le troisième producteur africain et le premier exportateur continental d’huile de palme. Et comme pour la filière bois, l’essor de cette activité est à l’origine de l’apparition d’autres productions industrielles, telles que la production de savon et la fabrication de biocarburants (qui devrait prochainement démarrer).
Ces efforts en faveur du développement agricole et industriel ont par ailleurs été accompagnés d’une politique volontariste de développement des nouvelles technologies et du secteur du numérique. Et ce, en investissant notamment dans la construction d’un réseau haut débit à fibre optique (dès 2012), la numérisation de l’administration, le soutien à la transformation numérique des entreprises (à travers notamment de la création de Société d’incubation numérique du Gabon – SING, en 2018, en partenariat avec la Banque mondiale), et dans le soutien aux jeunes créateurs de startups, de plus en plus nombreuses.
Cette politique active de diversification a permis au Gabon d’augmenter considérablement le poids des activités non directement liées aux industries extractives dans l’économie nationale. Ainsi, ces activités ont été à l’origine de 14,5 % des exportations de biens du pays en 2019, soit plus du double que pour le Botswana (+99 % environ) qui affichait un taux de seulement 7,3 %, et dont la dépendance aux industries extractives (essentiellement les diamants, mais aussi le sel, entre autres) demeure écrasante.
Les importants progrès réalisés par le Gabon en matière de diversification ont ainsi permis au pays d’avoir une économie plus solide et capable de mieux résister aux crises internationales et aux fluctuations défavorables du cours et/ou de la production des matières premières, que celle de bien d’autres grands producteurs d’hydrocarbures, de minerais ou de pierres précieuses sur le continent. Ainsi, le pays n’a enregistré aucune croissance négative sur la période de cinq années allant de 2015 à 2019, alors que le Botswana et le Nigéria en avaient déjà enregistré une (en 2015 et en 2016, respectivement), et l’Angola quatre (2015, 2016, 2017 et 2018).
Quant à l’année 2020, marquée par la pandémie, le Gabon est toutefois parvenu à limiter la baisse de son PIB à seulement -1,3 %, la plus faible des quatre pays précédemment cités, et bien moindre que celle connue par la Botswana (-7,9 %).
Au final, et pendant la période 2015-2020 (6 années), la croissance annuelle moyenne s’est alors établie à 1,6 % pour le Gabon, soit le double que pour le Botswana (0,8 %) et le Nigeria (0,7 %, et pourtant bien moins développé). Pour leur part, l’Angola ou encore la Namibie voisine ont enregistré une évolution annuelle négative de – 1,4 % et – 0.7 %, respectivement.
Ce processus de diversification a également contribué à accroître l’excèdent commercial du pays, passé de 1,9 à 3,4 milliards de dollars entre 2015 et 2019 (et à 2,0 Mds en 2020, toujours selon la Banque mondiale), alors que le Botswana peine désormais à enregistrer régulièrement un solde commercial positif, le pays ayant déjà affiché un déficit en 2015 et en 2019 (ainsi qu’en 2020, estimé à 2,1 Mds).
Sur la période de six années allant de 2015 à 2020, le Gabon a ainsi réalisé un excédent commercial de 2,5 Mds de dollars en moyenne annuelle, contre un déficit de 0,4 Md pour le Botswana. Les récentes mesures audacieuses prises pour la promotion de la production alimentaire locale, ou encore le doublement prochain de la part de la production locale de gaz butane (devant être protée à 40 % d’ici deux ans, en 2023), seront également de nature à accroître les excédents commerciaux de pays, à travers la réduction significative des importations en la matière.
Selon le président du CERMF, cette vaste politique de développement économique menée par le Gabon depuis une décennie s’est également accompagnée de grandes réformes administratives, mais aussi juridiques et fiscales, visant à faciliter la création d’entreprise et à améliorer le climat des affaires.
Il ajoute en outre que de nombreuses mesures ont ainsi été mises en œuvre, et en particulier depuis 2019, telles que la création d’un guichet numérique à l’investissement (GNI, ayant notamment permis de réduire le délai moyen de création d’une entreprise de 30 jours à 3 jours seulement, ainsi que les coûts indirects), la réduction du délai d’obtention d’un permis de construire de 90 à 15 jours, la réduction du délai de raccordement au réseau électrique de 75 jours à 30 jours, ou encore l’abaissement considérable du montant du capital minimum nécessaire à la création d’une Sarl, passé de 100 mille à seulement 5 mille francs CFA.
Ces réformes spectaculaires, non encore prises en compte par tous les classements internationaux en matière de climat des affaires, commencent elles aussi à contribuer au dynamisme de l’économie gabonaise, et donc à la poursuite de la réduction de sa dépendance aux industries extractives.
Un rapport qui a du mal à passer
Toutefois, ce rapport très dithyrambique sur le Gabon ne manque pas de susciter de vives critiques au sein de la société. Où d’aucuns le traite de partial et de non fondé. Pis, d’autres le considèrent tout simplement comme un coup de communication dont est coutumier lé régime. Selon ces derniers, « cette dictature des chiffres est loin d’être la vérité du terrain », expliquent-ils.



















