La situation économique et particulièrement financière du Gabon, ne laisse personne indifférent et de surcroit, les cercles économiques. Dans une tribune intitulée ‘’De l’austérité sur le peuple à la rigueur sur les rentes improductives : analyse d’un ajustement Paretoaméliorant au Gabon’’, le Pr. Giscard Assoumou-Ella revient sur l’impasse budgétaire en cours dans le pays qui, selon lui appelle à une rupture d’une dérive historique.
Selon lui, si la critique des ajustements passés invite à la prudence, elle ne saurait occulter la réalité brutale du moment : l’impasse de 2026 n’est pas un accident conjoncturel, mais l’aboutissement arithmétique de plusieurs décennies d’errance budgétaire. Le déficit abyssal affiché n’est que la partie émergée d’un iceberg constitué par des années d’accumulation de « dépenses improductives » et d’investissements sans lendemain.
Et de poursuivre, pendant longtemps, la rente pétrolière ou l’endettement facile ont permis de masquer cette inefficience structurelle, offrant l’illusion d’une solvabilité. Mais aujourd’hui, cette stratégie de l’évitement a atteint ses limites physiques. Avec des marchés financiers désormais fermés ou prohibitifs et une dette qui sature les plafonds communautaires, l’État ne peut plus « faire semblant ».
Autrement dit, explique-t-il, « Le recours au FMI ne relève donc plus d’un choix de politique économique, mais s’impose face à l’épuisement total des marges de manœuvre. Cette réalité se matérialise dans la Loi de Finances 2026, qui illustre une « surchauffe » finale avant l’ajustement. Ce budget, marqué par une augmentation nominale des dépenses de 73% (passant de 2 562 à 4 441 milliards FCFA), apparaît comme une fuite en avant déconnectée des capacités réelles de l’économie ».
De son avis, « Cette expansion est le symptôme ultime des deux maux qui rongent les finances publiques gabonaises depuis des années : la sédimentation des dépenses courantes : l’explosion du poste « Primes et Indemnités », qui bondit de +514% pour atteindre 94 milliards FCFA, n’est pas une anomalie isolée mais le reflet d’une captation historique et croissante de la rente par l’appareil administratif, au détriment de l’efficience du service public ; et la chimère de l’investissement : le budget d’investissement, affiché à un niveau record de 2137 milliards FCFA, perpétue une tradition de budgétisation irréaliste ».
Autre détail, « historiquement, la capacité d’absorption de l’administration plafonne autour de 60%, transformant ces crédits massifs en gisements de projets immatures et en futurs arriérés de paiement, plutôt qu’en infrastructures productives. Ce déséquilibre structurel ex-ante menace directement la solvabilité intertemporelle de l’État », renseigne-t-il.
« Cependant, la nature même de cette expansion offre une opportunité paradoxale. Puisque le déficit est creusé par la « mauvaise dépense » (rente administrative, éléphants blancs) accumulée au fil de l’histoire, il existe une marge de manœuvre pour assainir les comptes sans dégrader le bien-être des populations. C’est cet espace budgétaire, masqué par l’inefficience, que la modélisation se propose d’exhumer », conclut-il.
Avec le Pr. Giscard Assoumou-Ella



















