« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ». Cette célèbre citation de Pierre Corneille, dans sa pièce à succès, ‘’Le Cid’’ semble convenir à merveille au parcours administratif d’Augustin Emane, le nouveau ministre de la Justice. En effet, il ne ressemble pas aux profils habituels que l’on rencontre au sommet du gouvernement gabonais.
Ce juriste et universitaire de renom vient d’être nommé ministre de la Justice, portant sur ses épaules à la fois l’expertise technique et les attentes politiques d’un ministère stratégique. Son parcours, façonné entre université, recherche internationale et pratique du droit, fait de lui un garde des Sceaux atypique, mais particulièrement armé pour relever les défis du secteur judiciaire.
Docteur en droit de l’Université de Nantes et maître de conférences habilité à diriger des recherches (HDR) à Nantes Université, Augustin Emane s’est spécialisé dans le droit du travail, la protection sociale et les contrats civils et commerciaux. Responsable du Master 1 de droit social à Nantes, il a également enseigné dans de nombreuses facultés en Europe, en Amérique du Sud et en Afrique, consolidant un profil académique d’envergure internationale.
Fellow au Wissenschaftskolleg de Berlin (2005-2006) et au Stellenbosch Institute of Advanced Study (2018), il a mené des recherches sur le travail à l’ère numérique, les nouvelles formes d’emploi et la négociation collective en Amérique latine. Au Mali, il siège au conseil scientifique du Forschungszentrum Point Sud – Lokales Wissen à Bamako et a contribué à la réforme du Code malien de prévoyance sociale, renforçant son expertise sur le continent africain.
Au-delà de l’université, Augustin Emane est avocat au barreau du Gabon et connaît donc les réalités concrètes des tribunaux. Ses travaux et missions officielles l’ont conduit à collaborer avec des institutions publiques et privées, au Gabon, au Brésil et au Mali, sur des problématiques de protection sociale, de droit du travail et de couverture complémentaire. Il allie ainsi savoir théorique et expérience pratique, un atout rare pour un ministre de la Justice.
Les publications d’Augustin Emane reflètent sa capacité à analyser les mutations du droit à l’échelle internationale. Parmi ses ouvrages récents figurent Le Code du travail gabonais commenté (2025) et Le Code du travail malien commenté (2024), références incontournables pour les praticiens et universitaires. Ses recherches couvrent également le droit numérique, les relations de travail dans un contexte globalisé et l’interaction entre tradition et modernité en Afrique francophone.
Son expertise lui a valu plusieurs distinctions : professeur docteur honoris causa à l’Escola Superior de Advocacia da OAB à São Paulo (2021), membre de l’Académie brésilienne de droit du travail, Grand Prix littéraire d’Afrique noire en 2014 pour son ouvrage Docteur Schweitzer, une icône africaine, et membre de sociétés internationales de droit du travail et de la sécurité sociale. Ces titres confirment son statut d’autorité intellectuelle dans son domaine.
Nommer Augustin Emane à la Justice, c’est miser sur l’expertise et la crédibilité scientifique plutôt que sur le militantisme politique. Le nouveau ministre devra conjuguer sa vision académique avec la gestion d’un ministère exposé aux attentes citoyennes et aux exigences institutionnelles.
Réformes du code judiciaire, modernisation des tribunaux et renforcement de l’État de droit figureront parmi ses priorités. Pour un pays où la confiance dans la justice reste fragile, l’arrivée d’un technicien du droit à la tête du ministère est un signal fort : le Gabon place désormais un juriste chevronné là où la rigueur et la compétence sont indispensables.



















