D’importantes rigidités structurelles freinent encore l’intégration régionale dans la Communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale (CEMAC). Et ce, malgré quelques progrès réalisés grâce à diverses stratégies organisationnelles, portées notamment par le Programme des réformes économiques et financières de la CEMAC (Pref-CEMAC).
En effet, le Programme des réformes économiques et financières de la CEMAC (Pref-CEMAC) créé en 2016, lors du sommet de Yaoundé en réponse au contre-choc pétrolier, poursuit tant bien que mal ses missions qui consistent à redresser les économies de la région en promouvant la diversification économique, l’intégration régionale, et l’amélioration du climat des affaires.
Il se déploie autour de cinq piliers : la politique budgétaire ; la politique monétaire et le système financier ; les réformes structurelles ; l’intégration régional et la coopération internationale. À fin décembre 2024, l’évaluation de sa mise en œuvre indiquait un taux de réalisation de 66,5%, tandis que l’achèvement était fixé en 2024.
Lors du Sommet extraordinaire des chefs d’État de la CEMAC du 16 décembre 2024, des mesures additionnelles à mettre en œuvre et à intégrer dans la matrice du Pref-CEMAC ont été prescrites. Les trois premiers piliers sont ainsi pourvus de mesures additionnelles : 11 pour la politique budgétaire, 19 pour la politique monétaire et le système financier, et deux pour les réformes structurelles.
L’intégration régionale s’appuie plus particulièrement sur un ensemble de projets intégrateurs, identifiés comme prioritaires par les chefs d’État de la CEMAC et qui connaissent un succès remarquable. Le premier cycle de projets, initié en 2019, était doté d’une enveloppe de financement de 3,8 milliards d’euros.
Grâce à l’appui des différentes parties prenantes, notamment la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD), la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC), la Commission de la CEMAC, l’Union européenne, la Banque islamique de développement (BID), Afreximbank et le Fonds de développement de la communauté (Fodec), 80% des projets de ce programme ont effectivement démarré, avec un taux d’exécution de 75% au 31 mars 2025.
Plusieurs des projets du premier cycle ont connu des progrès récents importants, et certains sont totalement achevés. Parmi eux, on compte : la construction et le bitumage de la route Kogo-Akurenam (116 km entre la Guinée équatoriale et le Gabon) ; les travaux d’interconnexion par fibre optique entre le Cameroun et le Congo, le Cameroun et le Gabon, le Congo et le Gabon, le Congo et la RCA, et enfin le Cameroun et la Guinée équatoriale; la construction des bâtiments du campus de Sangmelima de l’université inter-États Congo-Cameroun (où un centre d’incubation des innovations et des entreprises digitales a été inauguré le 13 mars 2025).
Trois projets ont été restructurés en partenariat public-privé : le port sec de Beloko, celui de Dolisie et l’aménagement du barrage hydroélectrique de Chollet sur le fleuve Dja entre le Cameroun et le Congo. Pour préparer la deuxième génération de projets intégrateurs, une table ronde de mobilisation des financements s’est tenue à Paris en novembre 2023 et a permis d’obtenir des promesses de dons pour 9,2 milliards d’euros, supérieures à l’objectif initial (8,8 milliards). Le montant total des financements mobilisés s’élève désormais à 9,95 milliards d’euros.
Après une longue absence, le rétablissement des partenariats Banque mondiale-FMI avec la Commission CEMAC illustre un retour marquant de la coopération internationale. Trois programmes régionaux avec la Banque mondiale sont en cours ou à venir : le programme d’harmonisation statistique (effectif depuis juin 2024), le programme forestier durable du Bassin du Congo et le programme de renforcement de la sécurité sanitaire.
Bien qu’il existe encore des espaces de coopération institutionnelle encore peu utilisés (par exemple pour le Bassin du lac Tchad afin de combler son déficit de financement), diverses initiatives portées par la Commission ont été mises en œuvre au niveau national ou communautaire avec l’appui des partenaires extérieurs.
Les instances nationales et communautaires poursuivent l’élaboration du Plan d’opérationnalisation de la Stratégie communautaire d’import-substitution des produits du cru de la CEMAC, dont la mise en œuvre doit s’accélérer avant la fin du second semestre 2025.
Avec l’appui de la Banque mondiale, la Commission de la CEMAC a défini des programmes de renforcement de la résilience des systèmes sanitaires, de valorisation du capital naturel et de développement des marchés de crédit carbone. En particulier, le programme régional d’économie forestière durable du Bassin du Congo est une première réponse concrète aux enjeux climatiques.



















