A la faveur de la tenue des états généraux de la communauté à Libreville, du 30 août au 1er septembre 2022, occasion a été donnée aux participants jeter un regard introspectif sur le fonctionnement des institutions, organes, institutions spécialisées et agences d’exécution de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Plusieurs projets communautaires ont également été passés au crible. Il s’agit entre autres : du processus d’intégration sous-régionale ; de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ; la situation financière et économique des pays membres …
S’agissant particulièrement de ce dernier point, le président de la Commission de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, le Pr. Daniel Ona Ondo y voit une situation plutôt favorable. Lecture
M. le président, pouvez-vous nous situer sur le niveau de performance des économies des pays de la CEMAC ?
Pr. Daniel Ona Ondo : Les performances des économies des pays de la CEMAC sont relativement bonnes et les prévisions à court et moyen termes en témoignent. En effet, le rapport annuel de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) du mois de mars 2022 met en lumière un affermissement de la reprise économique de la zone CEMAC, qui a été constaté au quatrième trimestre 2021. Ceci s’explique, notamment, par la bonne tenue des cours du baril de pétrole et un regain de certains secteurs sinistrés par la pandémie de Covid-19.
L’activité économique des pays de la CEMAC devrait donc poursuivre son évolution positive courant 2022, tirée par la hausse des cours du pétrole, la solidité de l’activité minière dans les pays producteurs et la reprise soutenue dans le secteur des services (transport, hôtellerie, télécommunication, etc.). Ces prévisions encourageantes sont de bons augures pour consolider les moteurs de croissance régionaux, promouvoir une diversification économique plus poussée et renforcer notre résilience face aux chocs extérieurs.
Qu’en est-il de la situation financière de ces mêmes pays?
La situation financière de la CEMAC a été au centre d’une importante revue effectuée par une mission de la Banque africaine de développement (BAD) au mois d’avril 2022, à Douala. De cette étude, il ressort que le secteur financier est en plein essor et connaît un réel dynamisme grâce aux réformes initiées en 2016 par les chefs d’Etat de la sous-région.
L’opérationnalisation de ces réformes dans le secteur financier s’est traduite par une forte croissance de l’encours des transactions interbancaires qui ont atteint 288 milliards de FCFA en août 2021, contre 153 milliards de FCFA en août 2020. Soit une augmentation de 88%.
Sur le marché des titres publics, l’encours des valeurs des Trésors des pays de la CEMAC, au 31 mars 2022, a atteint 5820 milliards de FCFA contre 1000 milliards en 2018, représentant une augmentation de 482% en 3 ans. On peut aussi noter que l’orientation stratégique du marché financier a eu un impact sur le segment du marché monétaire, quasi-inexistant en 2018, et qui a enregistré une forte croissance comme évoqué plus haut.
Ainsi, l’encours du marché financier est passé de 2,1% du PIB en 2018 à 8% en mars 2022. Et tout indique que cette tendance haussière devrait se poursuivre à l’avenir ».
L’industrie pétrolière, minière et du bois continue de jouer un rôle prépondérant dans l’économie de la CEMAC. Est-ce à dire que le processus de diversification engagé par plusieurs est à la remorque ?
Effectivement, les matières premières tiennent une place importante dans les économies des pays de la CEMAC. Pour illustrer cette forte dépendance, on peut constater que le pétrole et le gaz représentent à eux seuls plus de 60% des exportations de notre zone.
A ce constat, il est indispensable de relever les efforts que nous déployons pour accompagner les Etats membres dans le processus de diversification des sources de la croissance. Dans ce sens, le Conseil des ministres en charge de l’industrialisation, de la forêt et de l’environnement, du 10 juin 2022, a réaffirmé la volonté politique soutenue d’une industrialisation de la filière bois dans le bassin du Congo et décidé de la fin des exportations du bois en grumes dès janvier 2023.
Ce qui est important de souligner, c’est que notre communauté s’est résolument encrée dans une stratégie de transformation locale des matières premières. Le contexte mondial, marqué par des crises multiformes et une forte incertitude, nous encourage à redoubler d’ardeur à mettre en place des véritables leviers de diversification économique.
Avec Gabon Télégraph


















