Le processus de lutte contre le braconnage au Gabon monte en puissance. Il s’agit de la mise en place, d’un laboratoire d’analyses génétiques de la faune, par l’Agence nationale de préservation de la nature, avec l’appui de l’Agence française de développement (AFD) et de la Banque mondiale.
Inauguré le 11 mars 2021, ce nouveau laboratoire est chargé d’exécuter la politique gouvernementale en matière de connaissance, de protection, de gestion et de valorisation de la biodiversité nationale. Il bénéficie d’un cofinancement de l’AFD, dans le cadre du projet Éléphants pour la lutte contre le braconnage et le trafic d’ivoire au Gabon et dans la sous-région, et de la Banque mondiale dans le cadre du projet GeFaCHE (Gestion de la faune et des conflits homme-faune).
La construction d’une telle structure obéit à un double objectif : il s’agit à la fois d’approfondir la connaissance scientifique de la faune et de participer activement à la lutte contre le braconnage. Deux missions rendues possibles par l’analyse génétique des échantillons d’ADN (ivoire, poils, écailles ou matière fécale) prélevés sur la faune locale.
L’ADN, puissant outil d’investigation
« La création d’un tel lieu marque la poursuite de la professionnalisation de la lutte contre le braconnage », constate Alice Bardet, chargée de projet Agriculture, Forêt, Environnement à l’AFD. Fortement recommandée dans plusieurs décisions et résolutions de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), l’utilisation de l’ADN faunique est un outil très puissant dans le panel des techniques applicables à l’investigation d’un crime faunique.
L’identification d’une espèce protégée à partir d’un prélèvement saisi sur un vêtement ou une arme peut ainsi participer à prouver le crime. À partir de l’ADN de l’animal abattu, il est alors possible de démontrer le lien entre un suspect et des produits fauniques saisis.
Sur la piste des braconniers
Conforme aux standards internationaux, le laboratoire d’analyse génétique de la faune compte deux techniciens à temps plein. Ceux-ci disposent d’un équipement spécialisé (trois machines PCR standard, une machine PCR en temps réel, ainsi qu’une salle de stockage dédiée à la conservation d’échantillons de référence), permettant l’analyse de près de 250 échantillons par semaine.
L’intérêt d’une telle structure va au-delà des enjeux locaux : en s’appuyant sur un mapping international, le laboratoire de Libreville participe à une démarche globale d’identification des filières de braconnage. « L’analyse d’une séquence ADN d’ivoire permet de déterminer à quel endroit l’éléphant a été chassé. En travaillant dans un cadre international, il devient possible de déterminer précisément d’où provient une défense d’éléphant retrouvée en Asie et de remonter la filière », détaille Alice Bardet. Le braconnage faisant fi des frontières, l’initiative suscite beaucoup d’intérêt de la part de pays voisins, comme le Cameroun, eux aussi engagés dans la lutte contre le braconnage.
Pour rappel, du fait du braconnage, le Gabon qui abrite 55 % des éléphants du continent a perdu 30 % de sa population de pachydermes en 15 ans pour ne s’attarder que sur cette espèce faunique. Acheté à 100 dollar le kilo et revendu 20 fois plus cher en Asie, le commerce de l’ivoire génère des bénéfices qui ont attiré des groupes de criminels organisés et même des groupes de terroristes. Pire, depuis lors, des bandes criminelles, organisées et équipées d’armes de guerre, n’hésitent pas à attaquer les éco-gardes de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) ainsi que les forces de défense et de sécurité.



















