L’évaluation du secteur extérieur de la CEMAC par le Fond monétaire international (FMI) apparait quelle que peu inquiétante. Selon le Fonds, la position extérieure de la CEMAC est jugée plus fragile que ne l’impliquent les fondamentaux et les politiques souhaitables à fin 2020.
Ainsi, le déficit courant devrait se dégrader à 6,5 % du PIB en 2020. Cela, en raison des répercussions de la pandémie de Covid-19, mais il devrait diminuer en 2021 et continuer de se réduire à moyen terme. Malgré la détérioration du déficit courant enregistrée en 2020, les réserves brutes régionales ont légèrement augmenté en 2020, principalement grâce à l’aide financière d’urgence du FMI, et devraient croître régulièrement tout en restant inférieures au niveau approprié pour les pays exportateurs de pétrole selon les indicateurs d’adéquation des réserves. Pour consolider la position extérieure, le Fonds soutien qu’il faut des politiques budgétaires et monétaires prudentes associées à une meilleure exécution des réformes structurelles visant à accroître la compétitivité, et l’application complète de la réglementation des changes.
Évolution du solde courant et adéquation des réserves
Le déficit courant régional s’est stabilisé à environ 3 % entre 2018 et 2019 mais il devrait se dégrader. Après avoir dépassé 10 % pendant plusieurs années, en raison de soldes commerciaux défavorables, le déficit courant régional a diminué, passant de 4,6 % en 2017 à environ 3,2 % en 2018 et 2019 à la faveur de la hausse des cours du pétrole, d’un resserrement des politiques budgétaires et de l’appréciation du dollar face au franc CFA. L’accumulation des réserves de change régionales a amélioré le ratio de couverture des réserves, passé de 2,3 mois d’importations en 2017 à 3,5 mois d’importations en 2019.
Cependant, une dégradation de la position extérieure est attendue en 2020, car les autorités nationales ont été confrontées à de fortes baisses des recettes budgétaires, doublées d’une augmentation des dépenses publiques pour gérer les répercussions économiques et sociales de la pandémie de Covid-19 dans un contexte de faiblesse des cours du pétrole. Les réserves brutes devraient néanmoins rester à peu près constantes à 3,6 mois d’importations à fin 2020, principalement soutenues par l’aide d’urgence consentie par le FMI. À moyen terme, les déficits courants devraient progressivement diminuer. De ce fait, les réserves devraient augmenter tout en restant inférieures au seuil de 5 mois d’importations en 2023.
Les fondamentaux régionaux ont aussi contribué à la faiblesse structurelle des positions extérieures
Les déficits budgétaires structurels, le faible niveau des dépenses de santé publique et un marché du crédit restreint pour le secteur privé ont tous contribué à la faiblesse structurelle de la position extérieure. Les principaux mécanismes de transmission sont les suivants : marchés d’exportation sous-développés dans le secteur non pétrolier, pénalisés par la faiblesse de l’offre de crédit au secteur privé, problèmes de gouvernance et dans les pratiques de gestion des investissements publics, qui contribuent elles aussi à la faiblesse de la position extérieure et un contrôle des mouvements de capitaux relativement restrictif par rapport aux pays comparables. La surévaluation structurelle du franc CFA s’explique par la prévalence du syndrome hollandais dans une région qui connaît des problèmes structurels de compétitivité.
La valeur de référence de 5 mois d’importations prospectives est toujours considérée appropriée pour la CEMAC, une union monétaire riche en ressources naturelles et exposée à la volatilité des cours du pétrole
L’analyse coûts-avantages appliquée aux pays dotés d’un régime de change fixe qui ont des difficultés d’accès au crédit indique que pour la CEMAC, le niveau optimal des réserves pourrait osciller entre 6,3 et 9,7 mois d’importations selon le scénario1. Cependant, la garantie de couverture des positions de réserves négatives donnée par le Trésor français est un facteur compensatoire important, qui réduit la nécessité de réserves plus conséquentes. Au vu de ces considérations particulières à la région CEMAC, les services du FMI estiment que la valeur de 5 mois d’importations prospectives demeure appropriée. Alors que les projections les plus récentes indiquent que les réserves régionales devraient rester inférieures à 5 mois à moyen terme, le ratio de la monnaie au sens large et celui des passifs à court terme (respectivement de 35 % et 175 % en 2019) semblent adéquats par rapport à leurs seuils minimums respectifs de 20 % et 100 %.
Un dosage de politiques macroéconomiques approprié est nécessaire pour reconstituer les réserves à moyen terme
La couverture des réserves devrait augmenter progressivement à moyen terme à la faveur du rééquilibrage budgétaire, d’une politique monétaire suffisamment restrictive et de l’exécution de réformes structurelles ouvrant la voie à une croissance plus vigoureuse et plus diversifiée. La mise en œuvre complète de la réglementation des changes aiderait aussi à reconstituer les réserves à moyen terme.



















