C’est un cours magistral que le Pr. Gabriel Zomo Yebe a dispensé à l’assistance, le 12 mai dernier, sur les enjeux de la Zone économique spéciale des ‘’Trois frontières’’ située aux confins des frontières entre le Gabon, le Cameroun et la Guinée Equatoriale. Au cours de cet exercice, avant d’entrer dans le vif du sujet, il n’a pas manqué de saluer le vison du chef de l’Etat, qui il y a déjà près d’une douzaine d’années, avait initié la possibilité de création d’une zone de coprospérité.
De multiples objectifs
La Zone économique spéciale des ‘’Trois frontières’’ revêt plusieurs enjeux, a soutenu le Pr. titulaire et coordonnateur FERDAC à l’Université Omar Bongo. En effet, le projet vise entre autres, à favoriser les échanges et l’intégration régionale, booster la croissance, promouvoir la création d’emplois, attirer les IDE et favoriser le transfert de technologie. La procuration des devises ou de l’import substitution (favoriser la production locale) et l’amélioration des conditions de vie des populations font également parties de ce cahier de charges.
Un agenda historique
L’initiative de la création de la Zone économique spéciale des ‘’Trois frontières’’ procède d’un agenda historique. En effet, a souligné le Pr. Gabriel Zomo Yebe, « Bitam dans les années 40-60 une porte d’entrée commerciale pour l’intérieur de l’Afrique. Les paysans du nord du Gabon étaient considérés comme les plus riches d’Afrique noire grâce en grande partie à la cacao culture et à la caféiculture (Jacqueline Bouquerel) ».
Et d’ajouter, « Le cacao était un label de qualité. Mais il s’agissait du cacao produit dans toute la région. Bitam était le centre de conditionnement de ce cacao avant l’exportation par la Guinée (port de BATA) ou par le Cameroun Kribi. Les groupes Hollando, SHO, Hatton et Cookson avaient leur direction générale à Bitam. Bitam avait un aéroport international (Lucordeau) ».
Deux personnalités sont à l’origine de cette idéologie. Il s’agit notamment de Ndoutoumou Mba Jean. Il estimait que « L’avenir de la province reposera sur l’ouverture sur la mer que constitue les ports de KRIBI et de BATA et sur le marché que représente la région de Yaoundé ».
Pour sa part, Jean Marc Ekoh, l’autre précurseur de l’initiative, soutenait quant à lui que l’ouverture sur les pays limitrophes est un facteur de croissance endogène pour le woleu-Ntem et partant le Gabon. « Le Cameroun nous montre l’exemple à suivre, mais il nous faut les dépasser grâce à une meilleure formation. Nous lui devons la construction des écoles par le corps de la paix une ONG protestante et américaine et la bourse au secondaire », avait-il coutume de dire.
Il ne se fait donc pas de doute que la ZES des ‘’Trois frontières’’ devrait sans doute améliorer les conditions de vie des populations vivant dans la zone impactée par le projet, renforcer la sécurisation des frontières, impulser une plus grande dynamique en faveur de la coopération transfrontalière entre le Gabon, le Cameroun et la Guinée équatoriale et enfin, attirer des Investissements directs étrangers (IDE). Mais à conditions de réunir un certain nombre d’atouts.
Réalisme oblige
Le Pr. Gabriel Zomo Yebe affiche tout son optimisme pour le projet. Il soutient à cet effet qu’avec ce projet, « le nord du Gabon va connaître des transformations sociales, sociétales et économiques importantes qui impacteront l’économie gabonaise dans son ensemble. La présente conférence avait pour but de sensibiliser les uns et les autres sur l’impérieuse nécessité d’internaliser ce projet et l’urgence d’une stratégie commune, au-delà des considérations politiques ou claniques, afin de peser sur les négociations futures ». L’intéressé nuance tout de même. Selon lui, « l’avenir de notre sous-région se dessine sous nos yeux. Nous aurons à choisir entre subir l’histoire ou faire notre propre histoire et sortir de la longue nuit selon la belle expression d’Achille Mbembe ».
Des préalables
Comme pour tout projet de cette envergure, des préalables sont requis. Gabriel Zomo Yebe évoque entre autres, la volonté politique, les infrastructures qualité, internet (faiblesse des coûts de transaction). Pour le Gabon, d’autres avantage comparatifs sont recensés dans la filière bois, une terre fertile non exploitée et riche, avec une population d’agriculteurs et capables de s’adapter. A cela s’ajoutent un potentiel énergétique, une jeunesse relativement formée et fière de sa terre et qui veut participer à la production, aux fruits de la production et à la décision sur son avenir
D’énormes défis
L’implémentation de la ZES des ‘’Trois frontières’’ devra faire face à plusieurs défis d’ordre structurels et conjoncturels. Dans l’ensemble, ils portent notamment sur la préservation de de l’environnement des éventuelles externalités négatives (pollution) de l’industrialisation, le rattrapage du retard agricole, la mise sur la qualité des produits (bio) au lieu des quantités, mais également une main d’œuvre qualifiée.
L’autre problématique à résoudre sera la mise en œuvre d’une politique foncière et d’une politique d’aménagement des villes (Bitam, Meyo-Kié, et de la zone d’impact (Oyem, Minvoul, Medouneu, Mitzic etc) pour optimiser l’avantage comparatif.
Mise en place d’un bureau de coordination pour mener la réflexion
Le ministre de l’Agriculture, Charles Mve Ellah qui prenait part à cette réflexion, a promis tout son appui à l’initiative. Laquelle devrait passer par la mise en place d’un bureau de coordination chargé de mener la réflexion. Car, cette zone des trois frontières « est un projet porteur de richesses et un véritable incitateur de croissance. Donc, à nous maintenant de nous mettre simplement au travail », a-t-il conclu.



















