En guise de réponse aux défis de la transformation économique du pays et que les entreprises gabonaises doivent surmonter, Edgard MFOUBA banquier, par ailleurs, expert en modélisation économique et accompagnement stratégique de projets, dégage des pistes de sorties de cet engrenage, non sans s’appesantir sur un certain nombre d’aspects, à la fois structurels et conjoncturels.
Selon lui, la transformation économique, dans le contexte gabonais actuel, s’apparente à une mutation structurelle du modèle de développement. Il ne s’agit plus simplement de corriger les déséquilibres conjoncturels, mais de repenser en profondeur les fondements de notre économie. Cela implique de rompre avec une logique de dépendance vis-à-vis des exportations brutes, des importations de biens de consommation, et de l’informalité dominante, pour aller vers un modèle fondé sur la souveraineté productive, la transformation locale des ressources, et l’ancrage territorial de la valeur ajoutée.
Les décisions récentes de l’exécutif, à l’initiative du président de la République, traduisent cette volonté politique affirmée. L’interdiction de l’exportation de manganèse brut et la suspension des importations de poulet surgelé illustrent clairement la réorientation stratégique engagée : produire, transformer et consommer localement dans une logique de maîtrise, de sécurité économique et de création d’emplois.
Pour remédier à la situation, il préconise l’activation d’un certain nombre de leviers. Le premier concerne l’insuffisance énergétique, qui limite la compétitivité industrielle. Ensuite, le déficit d’infrastructures logistiques et de voies de communication qui entrave la mobilité des biens et des personnes, notamment dans les zones rurales à fort potentiel.
M. MFOUBA souligne également la complexité des procédures administratives, l’instabilité des cadres réglementaires, la faible bancarisation de l’économie réelle et l’inadéquation persistante entre l’offre de formation et les besoins du tissu productif. Avant d’évoquer la fragmentation des filières économiques, l’absence de coordination entre les différents acteurs, et le manque d’accès à l’information économique empêchent l’émergence d’un secteur privé structuré, apte à jouer pleinement son rôle dans la transformation.
Une aubaine tout de même selon lui, car les mesures à initier pour surmonter ces verrous sont heureusement nombreuses. Dans ce cadre, estime-t-il, « Il convient de mettre en œuvre des dispositifs de soutien ciblés, tels que la création de quotas dans les marchés publics pour les PME locales, la réduction des délais de paiement des administrations, ainsi que la relance d’outils financiers capables de fluidifier les transactions économiques et de renforcer la trésorerie des entreprises. Parmi ces instruments figurent l’affacturage, la défaisance des créances, le crédit-bail, le financement participatif (crowdfunding), ou encore le capital-investissement. Autant de mécanismes qui pourraient être rassemblés sous l’égide d’une banque publique d’investissement, dédiée à la structuration et à l’accompagnement des filières stratégiques. Cette architecture financière jouerait un rôle de levier pour consolider les efforts conjoints de l’Etat, du secteur privé et des partenaires techniques et financiers dans la transformation durable de l’économie nationale ».
Dans son intervention il explique également en exergue, le rôle du secteur privé comme moteur de cette transformation économique. « Le secteur privé doit adopter une posture plus proactive, structurée et responsable. Il ne peut plus se positionner comme simple exécutant, ni comme guichet vis-à-vis de l’Etat. Il doit se structurer en écosystèmes territoriaux, mutualiser les outils industriels, intégrer systématiquement le transfert de compétences et de technologies, et s’inscrire dans une logique de montée en gamme progressive ».
Et d’ajouter, « Dans cette dynamique, la multiplication des associations professionnelles sectorielles représente un levier stratégique. Elle permettrait une meilleure lisibilité des chaînes de valeur, une formalisation accrue des acteurs, une consolidation des intérêts partagés, et une remontée plus efficace des contraintes et propositions auprès des pouvoirs publics. Ces regroupements constitueraient des interfaces de dialogue technique, de régulation interne et de normalisation professionnelle, contribuant ainsi à la crédibilité et à la compétitivité de chaque filière ».
Selon lui, « l’industrialisation par les PME, à partir des ressources locales, reste un axe sous-exploité. Il est essentiel que les entreprises soient porteuses d’une vision structurée et patriotique du développement, où la détention du capital national et la redistribution locale des richesses deviennent des critères de résilience ».
Toujours dans ce processus de transformation économique, le dialogue entre l’Etat et le secteur privé se veut tout aussi primordial pour garantir l’efficacité de cette mutation. Selon l’expert en modélisation économique, « Ce dialogue doit évoluer vers une forme institutionnalisée, structurée et orientée résultats. La création d’un Conseil stratégique public-privé permettrait de piloter la mise en œuvre des réformes, d’évaluer leur impact, d’identifier les goulots d’étranglement, et de garantir une meilleure coordination entre les parties prenantes. Il s’agit de dépasser le stade des concertations ponctuelles ou symboliques, pour instaurer un véritable mécanisme de co-construction des politiques publiques, avec un calendrier partagé, des indicateurs de suivi, et une culture du résultat ».
Le rôle de la jeunesse entrepreneuriale du Gabon reste également de mise. Car, « Dans un contexte de mutation structurelle du modèle productif, il appartient à la jeunesse de faire preuve de résilience, de souplesse dans ses choix professionnels, et d’un engagement constructif au service du pays. Les jeunes entrepreneurs sont appelés à s’approprier les outils de structuration, à se former aux fondamentaux de l’économie, à s’insérer dans les chaînes de valeur locales, et à concevoir des projets à fort ancrage territorial », explique-t-il. Avant de rappeler que le patriotisme économique, l’appropriation progressive du capital productif, l’innovation responsable et l’intégration des nouvelles technologies doivent être au cœur de leurs stratégies.
Dans cet esprit, poursuit-il, « il serait pertinent que la FEG intègre formellement dans sa charte une orientation stratégique dédiée à la promotion de l’innovation, de la créativité et de l’entrepreneuriat jeune. Un tel engagement renforcerait la place des jeunes porteurs de projets dans l’écosystème économique national, et contribuerait à faire émerger une nouvelle génération d’acteurs capables de porter le Gabon vers un modèle productif plus souverain, inclusif et durable ».
Pour la bonne gouverne, Edgard MFOUBA est Banquier de formation, financier et spécialiste en modélisation économique de projets, il est titulaire d’un DESS en banque et assurance. Ancien cadre à BGFIBank où il a exercé pendant huit ans, avant de rejoindre le cabinet Parthenon Finances, puis de lancer et diriger le fonds de capital-investissement, Okoumé Capital, filial du FGIS où il a contribué à la mobilisation de l’écosystème entrepreneurial et à la modélisation de projets à fort potentiel économique. Il est aujourd’hui fondateur du cabinet de conseil Gabao SC, qui accompagne les porteurs de projets dans la structuration stratégique, la valorisation économique et la mobilisation de financements adaptés aux enjeux de développement.



















