Arrivé au gouvernement lors du remaniement ministériel du 1er janvier 2026, le nouveau ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la vie chère, Thierry Minko devra cravacher fort pour remettre l’économie gabonaise sur de bons rails.
Quelques-unes des têtes couronnées de l’économie et de finances gabonaises décryptent sans langues de bois, l’étendue de sa tâche. Le premier Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, ancien directeur général de la dette du Gabon, estime que la priorité pour le nouveau ministre sera d’apprécier la situation réelle de l’économie du pays, « C’est maintenant qu’il faut apprécier la situation réelle de l’économie gabonaise. La transition n’a pas offert cette possibilité. C’est de faire l’état des lieux, sincère honnête et courageux. Parce que les finances du pays sont quand même dans un état critique », met-il en avant.
Et de poursuivre, « S’agissant de la dette publique, l’agence de notation Fitch qui a une nouvelle fois dégradé la note du Gabon en décembre – prévoit une augmentation substantielle de celle-ci. Elle dépasserait les 80% du PIB, relève Jean-M. Ntoutoume Ayi, qui s’interroge également la crise des finances publiques au Gabon. Est-elle une crise de la dépense ou une crise de la recette ? Il faut d’abord qu’on réponde à cette question », s’interroge-t-il.
« Peut-être que mieux faire rentrer les impôts est une réponse. Il faut regarder clairement pourquoi est-ce que le taux de pression fiscale au Gabon est bon an mal an, entre douze et 13 % ? Donc je pense aussi qu’on a le droit de regarder et de dire est-ce que les contributions obligatoires qui doivent financer le budget de l’État sont suffisamment recouvrées ? C’est une question qu’on doit se poser », poursuit-il.
Pour sa part, le professeur Gabriel Zomo préconise avant toute réforme d’améliorer le fonctionnement au quotidien, du ministère des Finances, afin de trouver des marges de manœuvres. « Cela reste une équation difficile », estime-t-il. Cependant, pour l’économiste, des réformes internes peuvent contribuer à améliorer la situation : « Il faut savoir que lorsqu’il y a des queues de budget, ce n’est pas normal pour un pays. Les queues de budget, ça suppose que les budgets n’ont pas été exécutés à 100 % et qu’il est resté des crédits qui n’ont pas été utilisés. Or, lorsqu’un pays a beaucoup de projets, ça devient anormal et il va falloir regarder au niveau de la transparence budgétaire, au niveau de l’efficacité budgétaire et il faut améliorer tout ça pour que, en interne, on puisse d’abord optimiser les ressources que nous avons et mieux les utiliser, évidemment, en les orientant vers des projets qui sont rentables. »
Cédric Jiongo, rédacteur en chef du média Ecomatin axe son regard sur les partenaires sous-régionaux et multilatéraux du Gabon ainsi que sur ses capacités actuelles de lever des fonds. Il estime quant à lui qu’il est aujourd’hui compliqué pour le Gabon de le faire à des taux intéressants. « Son passif d’emprunt dans la région rend peu probable une nouvelle opération locale », indique-t-il. Avant d’ajouter, « un des leviers se trouve chez les bailleurs internationaux : Pour le nouveau dirigeant, je pense que l’une des options c’est de conclure un accord avec le Fonds monétaire international. Mais comme l’a dit l’Agence Fitch dans son rapport, pour cela il faut des mesures de resserrement budgétaire concrètes. Et ce sont ces mesures que moi j’appelle des mesures impopulaires. ».Comme alternatives, il préconise les mécanismes d’échanges « dette-nature » déjà testés et également possibles. « Ce mécanisme permet d’annuler une portion de dette en contrepartie d’engagement à dépenser l’équivalent dans la protection de l’environnement », conclut-il.



















