A l’occasion de la table ronde régionale avec les médias d’Afrique Centrale et de l’Ouest, le 20 mai 2021, le président du Groupe de la Banque mondiale, David Malpass a fait quelques remarques sur la situation économique de la région.
La question de la dette a occupé une part importante de ces observations. Dans ce cadre, il a indiqué la dette publique a presque triplé au cours des dix dernières années en Afrique centrale et de l’Ouest. Elle est ainsi passée de 109 milliards de dollars en 2010 à 306 milliards de dollars en 2019. Soit une augmentation en part du PIB de 34,1 % à 56,4 %.
Selon M. Malpass, « la viabilité et la transparence de la dette s’avérera indispensable pour attirer de nouveaux financements et investissements. Le nombre de pays estimés à haut risque de surendettement extérieur ou déjà surendettés a également triplé, passant de trois en 2010 à neuf en 2019 ».
« Alors que les effets de la pandémie continueront de se faire sentir en 2021, la situation de la dette va certainement s’aggraver encore. Des solutions globales au problème de la dette devront inclure au moins quatre éléments – la suspension de la dette, la réduction de la dette, la restructuration de la dette, et la transparence de la dette », souligne-t-il.
Avant d’ajouter, « Nous avons soutenu l’Initiative de suspension du service de la dette du G20 – ou ISSD – qui a donné une marge de manœuvre budgétaire aux pays afin qu’ils puissent faire face à l’impact de la pandémie ».
En avril 2021, 16 pays d’Afrique de l’Ouest et centrale avaient demandé à participer à l’ISSD. Cependant, la participation de certains des principaux créanciers n’a été que partielle, ce qui leur permet de dégager encore de larges bénéfices en Afrique, y compris en cette période de crise, et sans perspective d’annulation de dettes.
« Il est nécessaire de trouver une solution permanente en vue de réduire l’encours de la dette des pays les plus pauvres. La Banque mondiale et le FMI travaillent en étroite collaboration pour aider le G20 à mettre en œuvre son Cadre commun pour le traitement de la dette », préconise-t-il.
Le succès du Cadre commun pour le traitement de la dette repose sur la pleine participation du secteur privé et dépend des progrès en matière de transparence de la dette – deux domaines cruciaux dont les récents progrès restent limités comme on a pu le voir à l’occasion de l’ISSD. Un grand nombre de contrats incluent des dispositions qui rendent difficiles un allègement substantiel de la dette, en raison notamment de clauses de collatéralisation, de clauses de non-divulgation, et du refus de traitement comparable.
La divulgation et le rapprochement des données joueront un rôle essentiel pour faciliter les débats autour du traitement de la dette et pour renforcer la confiance entre les parties impliquées dans le processus de restructuration de la dette.
La pleine participation du secteur privé est un élément essentiel de toute solution durable au problème de la viabilité de la dette. En effet, il ne suffira pas au Tchad ou à l’Éthiopie de simplement chercher à obtenir un traitement comparable de leurs créanciers privés. Avec le Cadre commun, les créanciers privés devront contribuer équitablement et accorder un allègement de la dette dans un délai raisonnable, et selon des termes totalement comparables à ceux proposés par les créanciers bilatéraux officiels.
Un exercice de rééchelonnement dans lequel les créanciers bilatéraux devraient assumer la majeure partie de l’effort nécessaire d’allègement de la dette en faveur d’un gouvernement dans le besoin reviendrait à accorder une subvention des pays donateurs aux investisseurs privés. Ce n’est pas dans ces termes qu’est envisagé le Cadre commun.
Les créanciers privés doivent reconnaître qu’une restructuration de la dette réussie constitue la meilleure solution pour toutes les parties concernées – elle apporte soulagement aux Tchadiens mais bénéficie aussi au secteur privé, étant donné que cela permet de limiter ses pertes par rapport à un scénario de complet défaut. À long terme, des économies stables et vigoureuses peuvent offrir des opportunités aux investisseurs.
Or sans l’appui total du secteur privé, le Cadre commun n’apportera pas de solution viable pour l’Éthiopie, le Tchad ou la Zambie. Cela pourrait décourager d’autres pays de régler leurs problèmes de dette à temps, et entraîner la perte d’années de développement économique, une augmentation de la pauvreté et une baisse des niveaux de vie.



















