La situation actuelle du secteur de l’eau et de l’assainissement au Gabon est préoccupante.
Malgré une dotation d’environ 128 000 m3 d’eau douce par personne et par an, moins de 55% de la population a accès à l’eau potable en milieu urbain; le taux d’accès à l’assainissement en milieu urbain s’estime quant à lui à 45,70%. tandis que celui d’accès à ces services de base en milieu rural est encore faible, moins de 40% de la population rurale a accès à ces services. En outre, si les pertes totales de la SEEG (techniques et commerciales) en 2010 étaient estimées à 33% (63 millions de m3 vendus pour 82 millions de m3 produits), on estime celles-ci en 2017 à 48%.
L’organisation du secteur est défaillante et le réseau affiche une vétusté très avancée. En outre, en milieu urbain, moins de 9% de la population bénéficie d’un branchement social (sur 175 421 abonnés, seulement 15 677 sont des abonnés sociaux et les autres, soit 159 744, sont des abonnés normaux) ; sur l’ensemble du pays, l’offre en eau potable est structurellement déficitaire depuis une dizaine d’années, provoquant un « stress hydrique sur tout le territoire national et surtout à Port Gentil et Libreville ».
Dans le but d’inverser cette tendance, le gouvernement a inscrit cette préoccupation dans le Plan stratégique Gabon émergent (PSGE), avec l’élaboration d’un Plan sectoriel eau assainissement. Les objectifs visés à travers celui-ci sont les suivants : parvenir à une gestion intégrée des ressources en eau ; rendre universel et durable l’accès à l’eau potable et aux services d’assainissement au Gabon ; offrir des prestations de qualité ; faire évoluer les pratiques des usagers vers la prise en compte du développement durable et enfin de faire du secteur de l’alimentation en en eau potable et d’assainissement, un vecteur significatif de développement économique du pays.
Un Programme pluriannuel de gestion des ressources hydrauliques et assainissement (PGRHA) a été élaboré avec des cibles et des indicateurs entre 2012 et 2020. Grâce au dit programme, le gouvernement passe de la politique de gestion des ouvrages à celle de gestion intégrée des ressources en eau du pays. Le PGRHA a connu un début de mise en œuvre entre 2012 et 2014, mais le manque de ressources financières n’a pas permis d’atteindre ses objectifs : sur les 34,68 milliards demandés comme budget pour le PGRHA en 2014, seulement 18,72 milliards de FCFA ont été engagés, réduisant drastiquement la part de l’investissement.
De 2015 à 2018 aucun financement n’a été mis en place, le ministère de l’Eau et de l’Energie se contente d’actualiser les fiches du programme. Pendant ce temps le réseau d’AEP de Libreville dont la pose remonte aux années des indépendances, a vu ses performances hydrauliques s’effriter. Il a continué à se dégrader et est devenu particulièrement vétuste, avec un rendement actuel de 52%. De septembre à décembre 2014 la SEEG avait détecté 273 fuites sur ce réseau et de janvier à mars 2015, ces fuites totalisaient 1029, soit une augmentation exponentielle. Selon les données du Laboratoire des bâtiments et travaux publics du Gabon, le sous-sol sablonneux de la capitale est saturé d’eau en toutes saisons du fait de ces fuites, ce qui renforce la fréquence des inondations même après de faibles pluies.
L’avis du gouvernement est que « l’investissement dans la réhabilitation du réseau d’eau potable de Libreville est urgent. Outre les difficultés institutionnelles actuelles, liées au départ du groupe français de services (eau, propreté, énergie et transports) Veolia Environnement et à la faiblesse de certains acteurs clé du secteur, cette réhabilitation ne saurait non plus attendre, sous peine de mettre la capitale dans une situation sanitaire très critique ».



















