La région Afrique centrale a mal à ses infrastructures. C’est un secret de polichinelle que vient reprendre l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), dans un rapport intitulé « Dynamiques du développement en Afrique 2025 ». Ce document établit une corrélation entre la situation des infrastructures, la croissance et la transformation de la sous-région.
Pour cette organisation internationale qui réunit des pays développés partageant une démocratie et une économie de marché, la réalisation d’investissements dans les infrastructures de transport et du numérique peut accélérer la transformation productive de l’Afrique centrale. Malheureusement pour l’heure, observe-t-elle, les lacunes infrastructurelles constituent une importante entrave au commerce intra-régional, qui ne représente que 1.6 % des exportations totales de l’Afrique centrale en 2023.
Pour y remédier, les pays de la région devraient effectuer un investissement de 15 milliards USD par an jusqu’en 2040, principalement dans leurs infrastructures de transport (74 %) et du numérique (18 %). La réalisation de cet objectif d’investissement pourrait alors, en plus de hisser la région aux niveaux de productivité de pays en développement comparables d’autres régions du monde, faire progresser la croissance annuelle moyenne de son PIB de 6.2 points de pourcentage.
Le financement demeure toutefois un obstacle de taille : sur la période 2016-20, l’Afrique centrale a mobilisé la plus faible part de financements d’infrastructure de toutes les régions du continent, avec une moyenne de 6 milliards USD par an, soit seulement 7 % des engagements totaux en faveur du développement des infrastructures africaines.
Pour améliorer la mobilisation et l’allocation des financements d’infrastructure, deux impératifs – priorisation stratégique et gouvernance efficace – s’imposent. Le développement d’infrastructures régionales s’est trouvé freiné par une planification lacunaire, l’appartenance simultanée des pays à plusieurs organisations régionales et le faible engagement des acteurs nationaux.
L’adoption d’une stratégie infrastructurelle transectorielle unifiée, axée sur les chaînes de valeur prioritaires et des projets bancables soigneusement sélectionnés, pourrait contribuer à attirer davantage de financements, comme en attestent les phases 1 et 2 du programme de « projets intégrateurs » de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Un cadre institutionnel propice, s’appuyant sur de solides capacités de budgétisation, de mise en œuvre et de suivi, apparaît en outre indispensable pour renforcer la confiance des investisseurs. Actuellement, seuls trois des six pays de la région interrogés dans le cadre d’une enquête de la Banque mondiale de 2023 disent aligner leurs projets de PPP sur leurs priorités nationales. L’évaluation de la durabilité de ces projets sur le plan financier, social ou environnemental reste, dans la plupart des cas, limitée.



















