Comme en décembre 2016, les chefs d’Etat des six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) devraient une fois de plus, se retrouver à Yaoundé au Cameroun, le 16 décembre prochain. Objectif : plancher sur les conditions nécessaires pour assurer la stabilité macroéconomique et la croissance au moyen d’efforts concertés.
Des indicateurs macro-économiques au rouge
Il faut le dire, la situation macro-économique des pays de la CEMAC est alarmante. Autrement dit, la plupart des indicateurs macro-économiques seraient au rouge avec en première ligne, un surendettement prononcé. L’un des États, à savoir le Congo Brazzaville étant en quasi cessation de paiement. « Les fonctionnaires ne sont plus payés régulièrement et accumulent des arriérés de salaires. La Guinée Équatoriale est également en pleine récession. Les autres États sont aussi très endettés », confie-t-on.
Dans un récent rapport, la Banque mondial ne manque pas à son tour de tirer la sonnette d’alarme. Selon cette institution de Bretton Woods, la croissance dans les pays de la CEMAC a diminué entre 2022 et 2023 et reste insuffisante pour réduire substantiellement la pauvreté. Elle a ralenti à 1,7% en 2023, contre 3,1% en 2022, en raison d’une baisse significative de l’activité pétrolière en Guinée équatoriale et d’une croissance plus faible au Gabon. Au fil des ans, la croissance moyenne dans la CEMAC a été inférieure à celle des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Dans son rapport, la Banque mondiale relève également que les perspectives de croissance sont sujettes à des risques Notamment des chocs de prix des matières premières, des coûts d’emprunt plus élevés, des perturbations du commerce mondial plus fortes, des catastrophes climatiques, ainsi que de l’insécurité et des conflits dans certaines régions du Cameroun, de la République centrafricaine et du Tchad.
Parallèlement, les dépenses publiques ont augmenté dans la plupart des pays de la CEMAC, réduisant l’espace budgétaire et posant des défis pour contenir la dette publique. Le ratio dette totale/PIB dépasse le critère de convergence d’endettement de la CEMAC de 70% du PIB en République du Congo et au Gabon. Il y a également le taux de chômage qui bat des records. Ainsi que l’informalité, les obstacles aux activités commerciales et le manque d’opportunités qui constituent un défi pour la réduction de la pauvreté.
Pour sa part, la BEAC annonce un repli accentué des réserves de change (5 %) en 2024, malgré une réglementation plus rigide. Or, ces avoirs extérieurs en devises, qui permettent aux pays de la CEMAC d’assurer solidairement leurs importations de biens et services, correspondent à 4,5 mois d’importation, contre 4,8 mois en 2023.
Une marge de manœuvre très étroite
Cette situation de fortes turbulences ne va pas sans susciter réelles des inquiétudes. Car, parmi les mesures envisageables, il y a encore et toujours, ce risque de dévaluation du Franc CFA d’Afrique centrale qui refais surface à chaque fois. Il existe aussi un ensemble de mesures d’austérité, dont certaines ont déjà été prises dans les différentes Lois des finances des États. Cela est le cas de la diminution ou l’arrêt de la subvention des carburants.
ll y a également la réduction du train de vie de l’Etat. Tout cela, c’est pour rendre la dette soutenable, afin de continuer à rembourser les créanciers des Clubs de Paris et de Londres. A côté de ces problèmes, figure également la dette intérieure qui est très importante. L’augmentation de la pression fiscale, avec l’élargissement de l’assiette et l’introduction de nouveaux impôts est également un mauvais signe de la santé économique chancelante de la CEMAC.
Autre alarmant indicateur et non des moindres, la lettre adressée le 13 novembre 2024, par le Gabon au président de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), régulateur du système bancaire de la CEMAC. A travers laquelle, le pays sollicitait une exemption temporaire de la pondération des risques appliquée à ses titres publics par la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC). Il faut admettre qu’à l’instar du Gabon, tous les pays de la zone CEMAC sont dans cette situation. Ils ont du mal à mobiliser des fonds auprès des banques de la sous-région.
Dialogue permanent avec le FMI
Pour la bonne gouverne, le 22 octobre 2024, en marge des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque Mondiale qui se déroulaient à Washington D.C., les ministres de l’Economie, des Finances et les responsables des institutions de la zone CEMAC, avaient eu une réunion de haut niveau avec les responsables du Fonds monétaire international (FMI). Cette rencontre avait été l’occasion pour les deux parties de discuter de plusieurs enjeux cruciaux pour la stabilité économique de la sous-région. Les discussions avaient principalement porté sur le cadre macro-économique de la CEMAC, et sur les réformes structurelles nécessaires pour renforcer la résilience économique de la sous-région.
Les représentants du FMI avaient alors exprimé leur soutien continu aux efforts de réformes des pays de la CEMAC, soulignant l’importance de la mise en œuvre de politiques économiques solides pour stabiliser les finances publiques et stimuler la croissance. La coopération entre la CEMAC et le FMI avait été reconnue essentielle pour accompagner les pays membres, dont le Gabon, dans leur transition vers des économies plus diversifiées et moins dépendantes des exportations de matières premières.
La lancinante problématique de la dévaluation du FCFA
En 2016, une réunion de même nature tenue à Yaoundé avait déjà permis d’éviter de justesse la d’évaluation du CFA d’Afrique centrale, comme l’exigeaient les bailleurs de fonds. « Si le Directeur Afrique du Fonds monétaire international (FMI), Abebe Aemro Selassie et le ministre des Finances de la France et aussi un plénipotentiaire de la Banque centrale européenne (CCE), venaient à prendre part à ce fameux sommet CEMAC, c’est que la dévaluation sera une fois de plus à l’ordre du jour », fait-on savoir.
Pour rappel, lors de cette rencontre, reconnaissant l’urgence de la situation, les dirigeants de la sous-région avaient opté pour réponse coordonnée. Ils avaient décidé de rétablir les conditions nécessaires pour assurer la stabilité macroéconomique et la croissance au moyen d’efforts concertés. Pour ce faire, le FMI avait été sollicité à travers des programmes dans chaque pays.



















