Les autorités gabonaises ont du pain sur la planche en matière de gestion des finances publiques. L’alerte a été sonnée par la Banque mondiale dans sa note de Conjoncture du pays édition 2025. L’institution onusienne ne passe pas par quatre chemins pour décrier la gouvernance des finances publiques.
En effet, explique-t-elle, la baisse des recettes pétrolières et une politique de dépenses expansionniste ont entraîné une détérioration de la situation budgétaire en 2024, augmentant les risques budgétaires et les pressions sur les liquidités. Stimulées par les efforts de numérisation fiscale, les recettes publiques sont restées stables en 2024 malgré une baisse des prix mondiaux du pétrole.
Le lancement de Digitax, une nouvelle plateforme de déclaration fiscale en ligne, et la connexion des bureaux de douane à la frontière nord avec le système Sydonia World ont permis de collecter des recettes supérieures aux projections budgétaires.
Cependant, les dépenses publiques ont augmenté d’environ 24 %, avec une forte hausse des investissements dans les infrastructures et des mesures sociales telles que les subventions aux carburants et les bourses en soutien à l’éducation. Par conséquence, le solde budgétaire s’est fortement détérioré, passant d’un excédent de 1,8 % en 2023 à une estimation de -3,7 % du PIB en 2024, portant le solde primaire non pétrolier à une estimation de -15,9 % du PIB non pétrolier en 2024.
Les besoins de dépenses publiques ont été financés par des emprunts de l’État notamment sur le marché financier régional, la dette publique augmentant ainsi pour atteindre un taux estimé à 72,5 % du PIB en 2024, contre 70,6 % en 2023. Cependant, la dégradation de la note de crédit du Gabon par Fitch et par Moody’s en juin 2024 et l’imposition d’un taux de pondération de risque plus élevé par la COBAC en octobre, limitant la capacité des banques à participer aux émissions d’obligations, ont eu un impact sur les objectifs de financement, conduisant à une accumulation d’arriérés extérieurs.
La dette publique du Gabon a augmenté depuis 2021, à la suite d’une politique de dépenses expansionniste, mais aussi en raison des composantes supplémentaires de la dette identifiées grâce à une plus grande transparence depuis 2023, telles que les engagements budgétaires non payés, les arriérés de remboursement de la TVA et les arriérés de salaires.
Au vu de l’augmentation des pressions sur les dépenses publiques et des coûts d’emprunt, la dette publique aurait dépassé l’objectif de convergence de 70 % fixé par la CEMAC. Confronté à des taux d’intérêt plus élevés et à un service de la dette coûteux, le Gabon a pris des mesures pour gérer plus activement la dette publique, en procédant à des opérations de rachat anticipé de son euro-obligation de juin 2025 à la fin de 2024 et au début de 2025, et en procédant au reprofilage d’une partie importante de la dette domestique au mois d’avril.



















