Recrutements à la BEAC, adoption du bitcoin en Centrafrique, réforme du franc CFA, ont été au cœur des sujets d’un entretien entre le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale et la rédaction de Jeune Afrique
Les cryptomonnaies qui ont désormais cours en République centrafricaine, (RCA) constituait l’un des dossiers sur lesquels, Abbas Mahamat Tolli était très attendu. Evidement il s’est voulu clair et précis sur celui-ci. « Le problème, ce ne sont pas les cryptomonnaies. Les conventions instituant l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC) sont claires : il n’y a qu’une seule monnaie dans la zone, le franc CFA, et il n’a pas encore de forme virtuelle », a-t-il indiqué.
Autrement dit, a-t-il précisé, les cryptomonnaies n’ont pas de vocation transactionnelle. A preuve, « D’ailleurs, la Cobac [Commission bancaire de l’Afrique centrale] a interdit aux établissements de crédit et aux sociétés de paiement ainsi qu’à leurs partenaires et aux bureaux de change de souscrire ou de détenir, pour leur propre compte ou pour le compte de tiers, de la cryptomonnaie », a-t-il ajouté.
Occasion apparemment idoine pour le gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale de lever l’équivoque et d’édifier sur le rôle fondamental de la Banque centrale et de la Cobac. Lequel, consiste à protéger le dépôt du public et de s’assurer que celui-ci est bien géré. A titre d’illustration, malheureusement, « Ces deux dernières années, les cryptomonnaies ont perdu quasiment 70 % de leur valeur. Ce sont des actifs spéculatifs qui n’ont pas de supports tangibles, tandis que notre priorité, c’est la stabilité financière et monétaire de la zone », a-t-il déploré.
Au contraire, Abbas Mahamat Tolli appelle plutôt à la prudence. « Absolument, et c’est la même chose partout dans le monde ! Nous nous devons d’être prudents. Notre rôle, c’est de protéger les citoyens de la zone des pertes de dépôt et de capital », a-t-il préconisé.
Quant à l’éventualité d’une cohabitation entre les cryptomonnaies et franc CFA en zone CEMAC, Abbas Mahamat Tolli a également tranché net. « Il n’y a qu’une monnaie, c’est le franc CFA. Les pays de la Cemac doivent se conformer aux textes instituant l’union monétaire et respecter les statuts de la Banque centrale. Voilà la position de tout le monde ».
Il convient toutefois de relever que lors du Conseil d’administration de la BEAC qui s’est réuni en session extraordinaire le 20 juillet 2022 à Douala au Cameroun, sous la présidence d’Hervé Ndoba, ministre des Finances et du Budget de la République Centrafricaine, le sujet des cryptomonnaie avait été abordé.
Après avoir examiné les implications de la loi régissant la cryptomonnaie en RCA, sur l’architecture règlementaire de la communauté en matière monétaire et financière, le Conseil avait accueilli favorablement, I’expression par la RCA de son attachement à la monnaie unique et au respect des statuts de la Banque des Etats de l’Afrique centrale, des textes régissant l’Union Monétaire et de ses engagements communautaires.
Le Conseil avait également pris bonne note de la sollicitation, par la RCA, de I’assistance de la BEAC et des instances compétentes de la communauté pour l’élaboration d’un cadre normatif régissant les cryptoactifs dans la CEMAC. Avant d’encourager la BEAC à poursuivre les actions en faveur de I’inclusion financière et de la modernisation de ses infrastructures, ainsi que la réflexion visant à créer une monnaie numérique de banque centrale.



















