En octobre 2024, le Congo a lancé le Programme national d’optimisation de trésorerie (PNOT), permettant de reprofiler 1136 milliards (13% du PIB) de dette publique et de mobiliser 250 milliards en nouveaux bons du Trésor 1. En mars 2025, le Gabon a mis en œuvre l’opération Mouele, structurée en trois volets : 592 milliards (4,7% du PIB) de reprofilage de dette, 473 milliards de titrisation de créances bancaires, et 338 milliards de nouvelles émissions
Ces opérations, réalisées par le biais d’échanges volontaires de titres à maturité courte contre des titres à maturité longue, ont été accompagnées de mesures incitatives pour encourager la participation des banques. Dans le cadre du PNOT, les participants à l’opération ont bénéficié d’une commission de 3% sur les montants échangés et d’une pondération de risque nulle accordée par la Cobac pour les nouvelles obligations. L’opération Mouele a également bénéficié du dispositif de pondération nulle.
La titrisation de créances hors marché a permis d’améliorer la liquidité des banques et leur capacité à participer aux émissions. En effet, la dette bancaire, qui a bénéficié de cette titrisation, pesait sur les bilans des banques en raison de la faible liquidité du marché secondaire de la CEMAC. La maturité moyenne de la dette intérieure est passée de 2,4 à 6,3 ans au Congo et de 2,3 à 6,0 ans au Gabon.
L’opération Mouele devrait réduire le service de la dette d’environ 1,4% du PIB en 2025 et 0,8% en 2026 5, atténuant les tensions de liquidité à court terme. En revanche, au Congo, les pressions devraient persister en 2025. En effet, la nouvelle émission à court terme entraînera une hausse du service de la dette (paiement des intérêts et de la part du principal) en 2025, les paiements différés étant plus que compensés par l’amortissement intégral des nouveaux titres.
Ces opérations exposent le secteur bancaire à des risques accrus. Le Fonds monétaire international (FMI) estime ainsi que le PNOT induit une perte en valeur actuelle nette de 5,6% pour les détenteurs de titres. Malgré les avantages réglementaires accordés par la Cobac, ces opérations prolongent l’exposition des banques au risque souverain, ce qui pourrait limiter l’accès au crédit pour le secteur privé.
Elles accentuent également les risques de liquidité, notamment pour les banques confrontées à des décalages de maturité et dépendantes du refinancement auprès de la banque centrale. Bien que présentées comme des mesures de gestion proactives de la dette intérieure, ces opérations ont été perçues plus sévèrement par les agences de notation, en raison de leur ampleur et des risques de liquidité auxquels les pays étaient confrontés.
Standard & Poor’s a ainsi abaissé la note souveraine du Congo en monnaie locale de B– à CCC+, tandis que Moody’s a dépêché une mission à Libreville en juin 2025 afin de réévaluer sa notation du Gabon, actuellement fixée à Caa2.



















