Entre paralysie budgétaire et crise de confiance, la Communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale (CEMAC) semble chercher un pilote dans l’avion. L’image est forte et, pour beaucoup d’observateurs à Bangui comme dans les autres capitales, elle sonne comme un aveu. En déléguant au vice-président la mission de « sapeur-pompier » pour le recouvrement de la Taxe communautaire d’intégration (TCI), l’actuel président de la Commission, Baltasar Engonga Edjo’o, a ouvert une brèche dans sa propre autorité.
Le spectre de la faillite technique
La réalité comptable est brutale : la Commission a récemment dû prendre une mesure radicale en annonçant la suspension de ses activités non essentielles. Faute de versements réguliers de la TCI par les États membres, les caisses sont vides. Si cette taxe est le poumon financier de l’intégration régionale, son recouvrement exige un bras de fer politique que seul le sommet de la pyramide peut mener.
L’ombre des prédécesseurs
Cette posture de retrait tranche radicalement avec l’histoire de l’institution. Lorsque la zone affrontait des tempêtes budgétaires sous les mandats d’Antoine Ntsimi ou de Daniel Ona Ondo, la méthode était tout autre. Le poids des sommets : Les anciens présidents n’hésitaient pas à multiplier les navettes diplomatiques discrètes mais fermes auprès des chefs d’État pour débloquer les arriérés. L’autorité incarnée : Jamais la gestion d’une crise de ressources n’avait été déléguée à un second rôle, car dans la culture politique de la sous-région, le dialogue se fait de « Président à Président ».
Une crédibilité à plat
Aujourd’hui, le diagnostic est sévère : la Commission ne semble plus peser face aux capitales. Ce déficit de leadership crée un effet domino. Sans impulsion politique forte, les réformes stagnent et le sentiment d’appartenance communautaire s’étiole. Pour de nombreux diplomates, le constat est désormais incontournable : pour éviter le naufrage, la Commission de la CEMAC a besoin d’un nouveau souffle. La question n’est plus de savoir si le système est en crise, mais si l’actuelle direction a encore les leviers pour le réparer.


















