Sous l’impulsion du ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT) et du Bureau sous-régional pour l’Afrique centrale de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), avec l’appui du fonds danois DANIDA, près de 40 experts nationaux (issus des secteurs de la pêche, du tourisme, de l’énergie, de l’environnement et des statistiques) ont été formés sur le dispositif de valorisation de l’économie bleue. Ils sont désormais prêts à piloter le Tableau de bord de l’économie bleue (BEVTK), un outil d’évaluation de pointe développé par la CEA. Ce noyau d’experts constituera le comité technique chargé de guider la future Stratégie Nationale de l’Économie Bleue.
Un gisement de croissance inexploité
Le Cameroun recèle une richesse bleue encore largement inexploitée. Les travaux menés du 27 au 30 janvier à Yaoundé ont permis de lever le voile sur l’ampleur de ce gisement. « Grâce au travail conjoint avec le MINEPAT, l’Institut National de la Statistique et nos partenaires, un premier rapport d’évaluation a été préparé. Les résultats préliminaires indiquent que l’économie bleue représenterait environ 5,8 % du PIB et près de 3 % des emplois nationaux.
Plus impressionnant encore, la valeur des services écosystémiques est estimée à 22 600 milliards de FCFA », a souligné Soumaya Iraqui-Houssaini, Cheffe de section en charge des réformes de diversification économique à la CEA. Bien que provisoires, ces données révèlent que l’agriculture, la forêt et la pêche génèrent à elles seules près de 68,28 % de la valeur ajoutée brute du secteur bleu.
Pour transformer cet impact partiel en une dynamique globale, les parties prenantes ont validé une série d’indicateurs nationaux permettant de produire des statistiques harmonisées. Pour Jean Luc Mastaki, Directeur du Bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique centrale, l’enjeu est celui de la maîtrise stratégique : « À travers ces données primaires et cette base méthodologique commune, le Cameroun dispose d’une fondation solide pour faire de l’économie bleue un levier de diversification, de résilience et de création d’emplois décents. Le pays est désormais armé de preuves tangibles pour éclairer ses arbitrages budgétaires et orienter les investissements vers des secteurs à haute valeur ajoutée. »
Cette approche scientifique a été saluée par les autorités nationales. Smith Enow Arrey, Conseiller Technique et Représentant du Ministre de l’Économie, a déclaré : « Le Gouvernement apprécie hautement cette démarche qui consiste à partir de données réelles pour explorer tout le champ des possibles. Notre ambition est de faire du Cameroun un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure à l’horizon 2035, ce qui passe par une amélioration substantielle des conditions de vie de nos concitoyens grâce à la valorisation de notre potentiel bleu. »
Appropriation nationale et pérennité
Le succès de cette initiative repose sur une appropriation totale. Le transfert de compétences opéré cette semaine garantit que l’évaluation du potentiel bleu ne sera pas un exercice ponctuel, mais un processus permanent intégré au système statistique national (INS). À cet effet, un comité intersectoriel sera mis sur pied pour coordonner les interventions et piloter la stratégie nationale. Chaque administration désignera des points focaux « Économie Bleue » pour faciliter la collecte continue des données, tandis que l’INS assurera l’assurance qualité avant leur intégration dans le tableau de bord.
Bâtir une croissance durable avec le Système des Nations Unies
L’activation du potentiel bleu s’inscrit directement dans la mise en œuvre de la Stratégie Nationale de Développement (SND30). Comme l’a rappelé Smith Enow Arrey, le pays entend briser le paradoxe entre l’abondance des ressources et les défis de la pauvreté par un véritable « changement de paradigme ».
Cet effort de transformation structurelle bénéficie du soutien coordonné du Système des Nations Unies, avec la mobilisation d’agences telles que la FAO, l’ONUDI, l’UNESCO, l’ONUDC et l’OIT. Présent lors de l’atelier, le Coordonnateur Résident, Issa Sanogo, a réaffirmé cet engagement : « Nous continuerons d’accompagner le Gouvernement pour que l’économie bleue devienne un pilier pleinement intégré du développement durable, de la diversification économique et de l’emploi au Cameroun. »
Avec la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique



















