Comment tirer meilleur profit de la filière bois ? La question préoccupe au plus haut niveau, depuis quelques années déjà, les Etats de l’Afrique centrale.
La stratégie de mise en œuvre de l’industrialisation durable de la filière bois dans les pays du Bassin du Congo, le 27 janvier 2021 semble éprouver de soucis d’efficacité, malgré l’adoption des textes relatifs à son cadre institutionnel et réglementaire.
Pour booster la machine, le Pr. Daniel Ona Ondo, président de la Commission de la CEMAC a convoquée une réunion par visioconférence axée sur ce dossier, ce 28 juillet 2021. Elle regroupait les ministres en charge des Forêts, de l’Industrie, de l’Environnement, de l’Economie, de la Planification, des Finances et du Budget des Etats membres de la CEMAC et de la République démocratique du Congo (RDC).
L’ordre du jour portait sur deux principaux points. Le premier était relatif à la position des Etats sur la demande d’accord de principe sollicitée par la Commission de la CEMAC, pour participer au financement de l’opérationnalisation des projets prioritaires de la première phase de la stratégie d’industrialisation durable de la filière bois dans le Bassin du Congo. Tandis que le second concernait les modalités d’application de la décision d’interdiction d’exporter les grumes, prévue le 1er janvier 2022.
Sur le premier point, Daniel Ona Ondo a obtenu l’accord de principe de quatre pays : le Cameroun, le Gabon, le Tchad et la RDC. Il lui également été recommandé de relancer la République centrafricaine, la République du Congo et la République de Guinée Equatoriale pour amplifier cette démarche régionale consensuelle.
S’agissant du second point, les ministres, tout en maintenant la date du 1er janvier 2022, se sont convenus de la nécessité d’accorder une période transitoire allant jusqu’au 31 décembre 2022, dans le but de procéder aux études préalables de maturation des projets retenus pour la première phase.
A cet effet, la Banque africaine de développement (BAD) se propose d’allouer un don sous forme de bien public régional, d’une valeur de 50 milliards de FCFA, à la Commission de la CEMAC. Cette allocation permettra de financer les études susmentionnées et les autres mesures transitoires. En outre, les ministres ont recommandé à la Commission de la CEMAC d’établir un chronogramme d’actions pour les activités de la période transitoire.
Il est enfin à noter que cette réunion était présidée par le ministre camerounais, délégué auprès du ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, Paul Tasong.
Pour rappel, la stratégie d’industrialisation durable de la filière bois dans les pays du Bassin du Congo procède de la volonté des chefs d’Etat de la CEMAC, qui lors d’un sommet extraordinaire tenu le 23 décembre 2016 à Yaoundé, avaient d’intensifier les actions de diversification, en vue de mettre les économies de la sous-région sur les sentiers d’une croissance dynamique et durable.
Le paradoxe de l’Afrique centrale
Faut-il le relever, en termes de potentiel forestier, les pays du bassin du Congo possèdent 300 millions d’hectares de forêts, dont 170 millions d’hectares de forêts tropicales denses, 51 millions d’hectares de forêts productives, 18 millions d’hectares de conservation et 100 millions d’hectares attribués. Cela fait de l’Afrique centrale, le deuxième plus grand bassin de forêt tropicale après l’Amazonie.
En dépit de cette importante dotation forestière, le bois a été exploité et exporté sous forme brute (grumes) vers des pays étrangers au cours des six dernières décennies, tandis que les produits finis ont été importés avec des pertes de possibilités économiques incalculables pour la région.
En outre, le bassin du Congo occupe une place extrêmement marginale au niveau du marché mondial: 1% de la production mondiale de sciages; 5% de la production mondiale de grumes tropicales; 6% de la production mondiale de sciages tropicaux; 7% de la production mondiale de placages tropicaux; 1% de la production mondiale de contreplaqués tropicaux; et peu ou pas de deuxième et troisième transformation du bois.
Cette faible performance des pays du bassin du Congo pourrait être associée à plusieurs facteurs, notamment un faible niveau d’industrialisation du secteur du bois, l’exportation sous formes de grumes de la majeure partie de la production; la mauvaise connaissance de la base de ressources forestières existante, les faibles niveaux de plantation, le manque de diversification de la production à partir des nombreuses espèces d’arbres disponibles dans les forêts et les faibles taux d’extraction des arbres sur pied et abattus.



















