Le 26 septembre 2018, à l’occasion d’une visite à une usine de transformation de bois du Groupe Rougier, le président Ali Bongo avait annoncé que l’ensemble des concessions forestières au Gabon avaient jusqu’en 2022 pour être certifiées FSC .
Selon les experts du domaine, la décision du président gabonais constitue un pas supplémentaire dans l’utilisation d’instruments privés à des fins de régulation publique. Concrètement, elle signifie que le gouvernement gabonais se « décharge » du contrôle des concessions forestières sur une organisation internationale (le FSC) et des organismes certificateurs accrédités par le FSC.
On peut aussi y voir un aveu de l’incapacité de l’administration à réguler le secteur et à faire appliquer les plans d’aménagement, qui constituent des obligations légales. Le choix exclusif du FSC par le président Ali Bongo est étonnant, dans la mesure où le label concurrent – le Pan African Forest Certification (PAFC), partenaire du PEFC – a commencé à se déployer (la première certification PAFC est intervenue en 2017 au Gabon) et qu’une circulaire récente du ministère en Charge des forêts poussait les entreprises à s’engager vers la certification PAFC.
En effet, il y a une quarantaine de concessions actives au Gabon, couvrant près de 16 millions ha. Le FSC est considéré comme le label le plus exigeant en matière de gestion forestière. Réputée plus proche des ONG que des industriels, elle possède un concurrent « global » : le Program for the Endorsment of Forest Certification (PEFC), lancé avec le soutien de l’industrie du bois européenne. Il est même devenu un programme mondial de reconnaissance mutuelle de certifications nationales ou régionales, souvent jugées moins exigeantes.
Plusieurs concessionnaires envisageaient jusqu’à présent d’adopter ce label qui ne met pas en question, contrairement au FSC où la question est en débat, l’exploitation au sein des « paysages forestiers intacts », une notion mise en avant par des ONG et renvoyant à des massifs boisés d’au moins 50 km² non traversés par des routes.
Le choix du FSC va donc probablement poser, à un moment ou un autre, des problèmes aux entreprises qui ont ce type de « paysages intacts » au sein de leurs permis. Malgré cette déclaration présidentielle, le gouvernement gabonais pourrait toutefois assouplir sa position et admettre le PAFC à côté du FSC, voire même les certifications de légalité, au titre des documents obligatoires pour exploiter une concession.
Mais l’un des objectifs de cette mesure est vraisemblablement aussi de réduire les surfaces occupées par les concessions forestières, au profit d’une extension des aires protégées. L’abandon probable de permis par des opérateurs qui ne pourront ou ne souhaiteront pas se certifier libèrera également de l’espace pour le développement de plantations de palmier à huile et d’hévéa.
La mesure d’interdiction d’exporter des grumes prises en 2010, par le gouvernement gabonais a conduit à une baisse importante de la production de bois (près d’un million de m3 de moins chaque année) et à une concentration des entreprises du secteur. L’obligation de certification va, à son tour, conduire à une nouvelle phase de concentration au profit d’un nombre restreint de grandes entreprises.
Les trois grandes sociétés aujourd’hui certifiées FSC étant européennes, la question est de savoir ce que feront les entreprises chinoises, lesquelles possèdent plus de la moitié des concessions du pays. On peut penser que les sociétés à capitaux publics chinois, sous le contrôle de Pékin, parviendront à être certifiées, moyennant la maîtrise des pratiques de leurs sous-traitants.
Pour les autres entreprises chinoises – les plus nombreuses –, la tâche s’avère cependant ardue : il est probable que nombre d’entre elles ne voudront ou ne pourront absorber les coûts de la certification sans être en mesure de les répercuter sur les prix de vente du bois. Leur départ est donc pratiquement acquis.
La réduction de l’emprise des entreprises chinoises sur les forêts gabonaises pourrait ouvrir des perspectives intéressantes aux industriels indiens – qui se sont installés en nombre dans la ‘’Gabon Special Economic Zone’’, opérée par le groupe Olam – désireux d’acquérir des concessions pour sécuriser leur approvisionnement en bois, dans un contexte d’apparition de surcapacités de transformation du bois au Gabon, notamment pour le déroulage d’okoumé.
Alexandre Le-grand





























