Dans son récent Africa’s Pulse, la Banque mondiale révèle que la population de l’Afrique subsaharienne en âge de travailler devrait croître plus vite que dans toute autre région en développement, avec plus de 620 millions de personnes supplémentaires sur le marché du travail entre 2025 et 2050.
Ce chiffre représente plus des trois quarts de l’augmentation nette enregistrée dans l’ensemble des marchés émergents et des économies en développement. Cette dynamique intervient dans un contexte de vulnérabilités multiples : conflits persistants, impacts croissants du changement climatique et fragilité des finances publiques.
Sur le plan de l’emploi, la région est confrontée à un double défi : d’une part, accélérer la création d’emplois pour absorber une population active en forte expansion ; d’autre part, garantir que ces emplois soient mieux rémunérés, plus stables et porteurs de perspectives. Le taux d’activité en Afrique subsaharienne figure parmi les plus élevés au monde — 75 % pour les hommes et 65 % pour les femmes âgés de 15 ans et plus.
Pourtant, la majorité des nouveaux entrants sur le marché du travail rejoignent des secteurs informels, caractérisés par une faible productivité et des perspectives limitées en matière de croissance des revenus, de réduction de la pauvreté et de mobilité sociale. Les emplois salariés ne représentent que 24 % de l’ensemble des emplois, et ce chiffre est encore plus faible si l’on exclut l’Afrique australe.
Pour répondre à ces enjeux, l’Afrique subsaharienne doit adopter un nouveau modèle de croissance fondé sur le développement des moyennes et grandes entreprises, véritables moteurs de productivité et de création d’emplois. Les modèles actuels ne génèrent pas suffisamment d’emplois salariés : une hausse de 1 point de pourcentage du PIB ne se traduit que par une augmentation de 0,04 point de l’emploi salarié. Ce décalage souligne l’urgence d’une stratégie de croissance plus inclusive, axée sur la productivité et capable de générer des emplois de qualité dans tous les secteurs.
La région a besoin de systèmes de production mieux structurés et plus performants, reposant sur une part accrue de moyennes et grandes entreprises capables de réaliser des économies d’échelle et de créer des emplois spécialisés et mieux rémunérés. Or, la majorité des entreprises restent petites et informelles, ce qui limite leur capacité à générer des emplois productifs. Avec 73 % des emplois concentrés dans des unités indépendantes ou familiales, la région souffre d’un manque de taille critique et d’efficacité, freinant la productivité et la création d’emplois formels à grande échelle. Un changement structurel du modèle de croissance s’impose pour relever ce défi.



















