Le secteur privé souffre des importants arriérés accumulés par l’État depuis le déclenchement de la crise. Le stock reconnu représente environ 3,2 % du PIB, mais le stock total est bien plus élevé (certaines estimations avancent le chiffre de 16 % du PIB) et fait actuellement l’objet d’un audit.
Dans ce contexte, plusieurs entreprises se sont retrouvées en difficultés pour honorer leurs engagements auprès des banques. Le ralentissement économique et les coupes drastiques dans les dépenses publiques ont accentué les pressions sur le secteur bancaire.
La masse salariale effective a ainsi baissé de plus de 15 % entre 2017 et 2018, réduisant la consommation des particuliers, et notamment des fonctionnaires, une des seules catégories de la population qui a accès aux services de bancarisation.
La qualité du portefeuille s’en est largement ressentie. Le taux de prêts non performants a atteint 31,4 % des prêts accordés par le secteur bancaire en 2018 contre 12 % en 2014. Une situation précaire dont l’amélioration nécessite des actions rapides
Les perspectives de croissance des recettes pétrolières à moyen terme, qui devraient passer de 335 milliards de FCFA en 2018 à 517 milliards de FCFA en 2021 (+54 %) pourraient favoriser l’apurement des arriérés de l’État et la relance de l’activité.
Toutefois, le Tchad reste toujours aussi dépendant de la ressource pétrolière et il demeure donc vulnérable à un nouveau choc externe. Le secteur bancaire attend beaucoup du redressement de la filière cotonnière, prévu pour 2020, et qui devrait tirer la croissance non-pétrolière.
Alors que la production de coton-graine s’est établie à 16 000 tonnes en 2019, elle devrait passer à 125 000 tonnes en 2020 grâce au retour à la culture du coton pour 235 000 producteurs. Les prévisions de croissance du PIB non-pétrolier sont de 3 % pour 2020. Les recettes non-pétrolières de l’État devraient ainsi augmenter plus rapidement que les recettes pétrolières entre 2018 et 2019, avec une hausse de 54 milliards de FCFA (+13 %).
La restructuration des deux banques publiques en train d’être auditées est essentielle pour maintenir la stabilité du système bancaire tchadien. En outre, la finalisation de l’audit des arriérés intérieurs doit conduire à l’élaboration d’une stratégie d’apurement d’ici la fin de l’année.
Elle devrait permettre non seulement au secteur privé, et plus spécifiquement aux banques, de retrouver de la visibilité sur les échéances de remboursement de leurs créances, et ainsi de favoriser la confiance du secteur privé, mais aussi à l’État d’amorcer les remboursements d’impayés, après priorisation selon l’efficacité. L’adoption de cette stratégie revêt donc un caractère urgent (l’atteinte du repère structurel était initialement prévue pour octobre 2018 dans le programme FMI).




























