À l’occasion de la Semaine internationale des archives célébrée du 9 au 13 juin 2025 à Libreville, au Gabon, l’Institut national des sciences de l’organisation (INSO) de Libreville a accueilli une importante conférence sur le thème : « Les archives accessibles à tous : archives publiques et privées au Gabon, quels enjeux ? ».
Un événement qui a rassemblé chercheurs, étudiants, professionnels du secteur et partenaires institutionnels, dans un contexte social marqué par les incertitudes, entre les revendications sociales à Plaine Orety et les tensions diplomatiques autour de l’île Mbanié.
Organisée par la Direction générale des archives nationales, de la bibliothèque nationale et de la documentation gabonaise, en partenariat avec Archiged Gabon, cette conférence s’est voulue un cri d’alarme autant qu’un espace de réflexion sur l’avenir du patrimoine documentaire du pays. Car si l’archivage est une fonction stratégique dans toute société organisée, au Gabon, il reste largement marginalisé.
« L’objectif était d’attirer l’attention des décideurs », a rappelé le directeur général des archives nationales. « La hiérarchie ne croit pas au changement. Or, ce changement ne viendra pas uniquement d’en bas. C’était une manière de dire à ceux qui gouvernent que les archives sont une partie essentielle d’une nation ».
Une déclaration forte, qui résonne comme un appel à la responsabilité politique dans un secteur souvent relégué au second plan, victime d’un désintérêt administratif chronique. Les intervenants ont souligné l’urgence de repenser la gestion de la mémoire nationale, à l’heure où les documents publics sont souvent entreposés sans méthode, voire détruits, dans un silence institutionnel inquiétant.
Dans l’amphithéâtre de l’INSO, l’ambiance était marquée par un certain découragement. Les étudiants en formation archivistique se disent préoccupés par un avenir incertain dans un domaine qu’ils jugent vital, mais non reconnu. Beaucoup dénoncent un manque de débouchés, d’équipements adaptés, et surtout l’absence de politique publique cohérente.
Roger Mboumba Mbina (Docteur en histoire des civilisations), Hervé Essono Mezui (Docteur en histoire), et Stéphane Lekabangoye (Archiviste-documentaliste), ont proposé des pistes de réflexion autour de la valorisation du patrimoine archivistique, du rôle des archives dans la transparence administrative, et du lien entre mémoire collective et développement.
Un autre enjeu crucial abordé : la relation entre archives publiques et privées. Alors que nombre d’informations sensibles, historiques ou administratives se retrouvent dans les mains d’acteurs privés ou dans des familles, la question de la préservation et de l’accessibilité devient centrale. Comment garantir une mémoire nationale partagée, si les sources se dispersent ou se perdent dans l’oubli ?
Dans un contexte où les crises sociales et politiques font rage, les archives apparaissent comme une boussole nécessaire pour comprendre, analyser et apprendre du passé. Mais encore faut-il leur accorder une place à la hauteur de leur importance. La conférence de Libreville aura permis de rappeler que sans archives, il n’y a ni mémoire, ni transparence, ni avenir.




















