Une mission du Fonds monétaire international (FMI), dirigée par Alex Segura-Ubiergo, a séjourné à Brazzaville du 24 octobre au 6 novembre 2019.
L’objet de cette mission portait sur des discussions dans le cadre de la consultation de 2019, au titre de l’article IV et du premier examen de l’accord du FMI au titre de la facilité de crédit élargie. Au terme de cette mission, les missionnaires du fonds ont émis des perspectives de croissance quelle que peu optimistes. Selon eux, la croissance en 2019 devrait se stabiliser autour de 2%, un niveau similaire à celui observé en 2018.
Le principal moteur de la croissance reste l’expansion de la production de pétrole, bien que cette expansion ait été inférieure aux prévisions initiales en raison de difficultés techniques ponctuelles dans certains champs pétrolifères.
La croissance hors pétrole pourrait redevenir positive pour la première fois depuis 2015 grâce à la reprise des secteurs de l’agriculture, de la foresterie et des transports, mais elle restera inférieure à 1% et de nombreux secteurs économiques resteront en récession.
La mission s’est félicitée de l’expansion prévue du PIB, mais a noté que la croissance restait trop faible pour réduire la pauvreté et trop dépendante de l’évolution du secteur pétrolier. Selon le Fonds, des efforts plus importants sont nécessaires pour améliorer la gestion économique et faire avancer les réformes afin de soutenir l’activité du secteur privé afin de parvenir à une croissance plus forte et plus inclusive.
L’excédent de la balance courante devrait atteindre 8% du PIB en 2019, en partie grâce à la croissance des exportations de produits miniers et forestiers. Ces développements sont particulièrement bienvenus car la diversification des exportations est essentielle pour soutenir une balance commerciale saine lorsque la production de pétrole commencera à décliner. Les avoirs extérieurs nets imputés ont augmenté plus rapidement que prévu cette année, favorisant ainsi la constitution de réserves au niveau régional.
Les conditions financières restent toutefois difficiles
La croissance du crédit au secteur privé a été négative et les prêts non productifs ont atteint 24% des prêts bruts à la fin septembre. La mission a aussi noté que les retards dans la mise en œuvre de la stratégie du gouvernement visant à éponger les arriérés intérieurs avec le secteur privé ont un impact négatif sur la confiance économique. Pour ce faire, préconise le Fonds, les autorités devraient s’attaquer rapidement à ce problème afin d’éviter une nouvelle détérioration de la situation économique qui pourrait compromettre les modestes progrès réalisés jusqu’à présent pour stabiliser l’économie.
Les résultats financiers mitigés
D’une part, les autorités ont atteint les objectifs concernant le solde primaire hors pétrole (en pourcentage du PIB non pétrolier) et le financement intérieur net, deux indicateurs clés permettant de garantir la viabilité des finances publiques. Dans le même temps, la collecte des recettes non pétrolières a été décevante et cette sous-performance s’est poursuivie à la fin du mois de septembre.
La mission a recommandé de limiter les exonérations fiscales et d’appliquer strictement le recouvrement des arriérés d’impôts. Elle a également conseillé au gouvernement de respecter le calendrier prévu pour l’apurement des arriérés intérieurs, afin de permettre aux entreprises du secteur privé de s’acquitter de leurs obligations fiscales dans les meilleurs délais. Pour compenser l’impact de la baisse des revenus non pétroliers, un assainissement budgétaire plus poussé sera nécessaire pendant le reste de l’année.
Les dépenses sociales – une priorité essentielle du programme des autorités soutenu par le FMI – restent trop faibles
Selon le FMI, les autorités doivent dégager de toute urgence une enveloppe suffisante de ressources pour soutenir les groupes vulnérables, notamment par le biais du programme de transferts monétaires Lisungi. Le gouvernement s’est engagé à améliorer l’efficacité et la transparence de la gestion des finances publiques, notamment en appliquant de manière stricte ses propres règles et réglementations budgétaires.
Toutefois, le FMI félicite les autorités congolaises pour avoir préparé un budget 2020 conforme à l’objectif de restauration de la viabilité des finances publiques. L’exécution rigoureuse du budget pourrait entraîner une réduction du déficit du solde primaire hors pétrole à 21,3% en 2020, contre 24,8% du PIB non pétrolier en 2019.
Le solde budgétaire primaire resterait excédentaire, ce qui contribuerait à réduire le total dette publique inférieure à 75% du PIB. Ce serait un résultat substantiel compte tenu du fait que la dette avait atteint environ 118% du PIB en 2017. Toutefois, pour rétablir la viabilité de la dette, les autorités doivent achever la restructuration de la dette extérieure des créanciers commerciaux, conformément à la stratégie annoncée précédemment compte de l’enveloppe de ressources de la République du Congo.
Bien que des progrès aient été réalisés à ce jour, des efforts supplémentaires sont nécessaires dans la mise en œuvre des réformes structurelles, y compris celles qui visent l’amélioration de la gouvernance, la transparence et la lutte contre la corruption. Les autorités ont indiqué que les décrets d’application devaient rendre opérationnelle la nouvelle autorité chargée de la lutte contre la corruption et que la Commission de la transparence initialement prévue pour septembre serait approuvée en novembre.
La mission a également recommandé aux autorités de publier trois rapports soumis au Parlement en mai 2019, concernant l’utilisation des revenus pétroliers. Les autorités devraient également demander à la Cour des comptes de vérifier jusqu’à 3% du PIB des dépenses engagées en 2019 et engagées les années précédentes.
L’équipe de la mission du FMI poursuivra ses discussions avec les autorités sur les actions en suspens convenues lors de la visite. Une fois que les autorités auront mis en œuvre les mesures en suspens convenues au cours de la mission, l’équipe du FMI soumettra un rapport à l’appui de la demande de la République du Congo visant à l’achèvement du premier examen au titre de la facilité de crédit élargie pour examen, par son conseil d’administration.






























