La Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII) est au creux de la vague. Malgré une thérapie d’urgence visant à remettre ce grand malade sur pied, il reste hanté par les démons de l’immobilisme et du statut quo.
Alors que société tente difficilement de sortir la tête de l’eau, après des décennies d’agonie, une nouvelle crise secoue l’institution. Dans une lettre poignante adressée à la Direction Générale, un agent de la compagnie tire la sonnette d’alarme, dénonçant les dérives d’un collectif autoproclamé qui, selon lui, compromet les efforts de relance initiés sous l’impulsion des plus hautes autorités.
Depuis la visite du ministre d’État aux Transports sur les installations de la CNNII à Libreville, les tensions se sont accentuées. À l’origine, un collectif d’agents, se disant porte-parole du personnel, multiplie les interventions publiques pour dénoncer les pratiques du nouveau concessionnaire EBOMAF, allant jusqu’à remettre en cause la légitimité de cette concession pourtant validée par l’État.
Mais pour Boris MBA Okey, agent en poste et témoin de l’évolution de la compagnie, ces critiques ne sont qu’une manœuvre de déstabilisation. « Ce collectif n’a jamais consulté l’ensemble des agents avant de s’exprimer au nom de tous », écrit-il. Pire encore, il dénonce une manipulation émotionnelle visant à saboter une initiative salutaire portée par l’État, qui a vu dans EBOMAF un partenaire stratégique pour la relance de cette entreprise historique.
La CNNII, héritière de la CNI créée en 1978, traîne un lourd passif : gestion opaque, retards chroniques de salaire, flotte délabrée, et surtout, des investissements de l’État (plus d’un milliard de francs CFA) partis en fumée, comme l’illustre tristement le sort du navire Sette Cama, transformé en épave après cinq années d’abandon.
Pourtant, les signes de renouveau ne manquent pas : arrivée de navires (IB ATLANTIQUE 1, 2 et 3), aménagements portuaires inédits sur le site d’ACAE, et surtout régularité retrouvée dans le paiement des salaires – même si ceux-ci sont encore remis à la main, faute de système bancaire opérationnel. Pour l’agent signataire, ces avancées méritent d’être saluées plutôt que discréditées.
« Mieux vaut un salaire payé chaque mois à la main, qu’un salaire bancaire tous les deux mois », résume-t-il, pointant l’ironie d’un collectif qui défend un système passé ayant plongé la compagnie dans la ruine.
L’auteur de la lettre plaide ainsi pour un accompagnement rigoureux de la concession, dans le respect des lois et coutumes du pays, tout en rejetant fermement l’option d’un retour aux anciennes pratiques d’affrètement de navires, jugées opaques, coûteuses et peu rentables.
« Il faut avoir le courage de prendre des décisions fermes et non populistes si l’on veut sauver cette compagnie », écrit-il avec gravité, appelant à soutenir la vision du Président de la République et à dénoncer les tentatives de sabotage orchestrées par des agents sans mandat ni légitimité. Dans ce cri du cœur, c’est toute la frustration d’un agent dévoué qui s’exprime, mais aussi l’espérance que, malgré les turbulences, la CNNII peut encore naviguer vers un avenir stable et prospère – à condition de faire front commun contre les ennemis du progrès, parfois tapis dans ses propres rangs.
Avec le Département Com, suite au courrier d’un agent de la CNNII adressé au Directeur Général de la compagnie.



















