Le nouveau ministre de l’Économie, Mark Alexandre Doumba, hérite visiblement d‘une patate chaude. En effet, après analyse d’un certain nombre d’indicateurs économiques et financiers, l’agence de notation financière américaine à vocation internationale, Fitch Ratings vient une fois de plus d’abaisser la note de défaut émetteur à long terme en devises étrangères du Gabon. Elle passe ainsi de « CCC+ » à « CCC » (https://www.fitchratings.com/research/sovereigns/fitch-downgrades-gabon-to-ccc-24-01-2025). Cette nouvelle dégradation de la note du Gabon fait suite à celle de, « B- » à « CCC+ », attribuée au pays au mois de juillet 2024.
Selon les termes de son rapport, les facteurs ayant concouru à cette nouvelle contreperformance portent notamment sur :
Une pression accrue sur les liquidités entraîne une dégradation de la note du pays
Selon Fitch Ratings, l’accès limité au marché régional de la dette, la pénurie de financements des grands créanciers officiels et les amortissements extérieurs élevés ont entraîné de graves tensions sur les liquidités publiques intérieures et extérieures et une augmentation des arriérés envers les fournisseurs et les créanciers officiels.
Un mrché de la dette locale tendu
L’appétit pour la dette publique sur le marché régional de la dette de la CEMAC s’est considérablement affaibli, en particulier au 2e semestre 2024, bien que le Gabon ait levé près de 2 % du PIB net d’amortissements, aidé par une souscription syndiquée par les banques gabonaises à une obligation gabonaise en juillet 2024.
Des arriérés qui limitent le financement extérieur
Les pressions sur la liquidité sont évidentes dans l’accumulation récente des arriérés. Entre janvier et novembre 2024, les arriérés des autorités envers les créanciers publics (principalement envers les prêteurs bilatéraux, mais aussi dans une moindre mesure envers les institutions multilatérales, dont la Banque mondiale) ont augmenté de 0,9 % du PIB. Ces arriérés extérieurs ont compromis l’accès à de nouveaux financements officiels importants. Les arriérés intérieurs envers les fournisseurs ont également augmenté – Fitch Ratings estime que les nouveaux arriérés intérieurs envers les fournisseurs s’élèveront à près de 1,5 % du PIB en 2024.
Une politique économique qui pourrait affecter les perspectives du FMI
Fitch Ratings prévoit également que les autorités demanderont un programme au FMI en 2025, mais le FMI ne devrait pas ouvrir de négociations avant les élections présidentielles, actuellement prévues pour avril 2025. Son scénario de base suppose qu’un accord avec le FMI, comprenant un décaissement initial, sera en place en 2025. Ce qui devrait fournir un financement externe, mais les risques pour ce scénario sont élevés car un programme nécessiterait probablement des changements de politique drastiques et impopulaires dans un environnement politique toujours volatil après la transition de régime à la mi-2023.
Des pressions d’amortissement externes et internes
Le Gabon est confronté à des échéances de dette extérieure de 3,7 % du PIB en 2025 et de 2,3 % en 2026. L’amortissement interne s’élèvera à 5,3 % du PIB en 2025 et à 6,3 % en 2026. En outre, le scénario de base de Fitch Ratings suppose une détérioration des prix du pétrole à 70 USD/baril en 2025 et à 65 USD/baril en 2026 contre 80 USD/baril en 2024, réduisant les recettes pétrolières et augmentant les besoins de financement.
Fondamentaux du crédit
Les notes du Gabon reflètent un PIB par habitant plus élevé que celui de ses pairs, contrebalancé par une forte dépendance à l’égard des revenus volatils des hydrocarbures et des déficiences persistantes en matière de gestion des finances publiques.
Assouplissement budgétaire
La politique budgétaire du Gabon s’est considérablement assouplie depuis le changement de régime en août 2023, sous l’effet de l’accent mis par les nouveaux dirigeants sur les revendications sociales en faveur d’une augmentation des dépenses publiques. Cela s’est traduit par l’embauche de davantage de fonctionnaires. Ce qui, selon l’agence de notation, augmentera la masse salariale de 7 % par an en 2024 et 2025. Fitch Ratings estime également que les dépenses d’investissement ont augmenté de 40 % en 2024.
Un déficit budgétaire
S’agissant du solde budgétaire, Fitch Ratings prévoit qu’il se transformera en un déficit de 0,2 % du PIB en 2024 sur une base de trésorerie, contre un excédent de 2,5 % en 2023, lorsque les augmentations des dépenses étaient modérées et la croissance des recettes était forte. De plus, en 2024, le gouvernement a accumulé d’importants arriérés de paiement. Raison pour laquelle, Fitch estime que le déficit, sur une base d’engagement, est de 1,7 % du PIB (contre un excédent de 1,8 % en 2023). Par ailleurs, le solde primaire hors pétrole par rapport au PIB hors pétrole s’est détérioré pour atteindre 13,7 % du PIB en 2024, contre 10,3 % en 2023 et 8,5 % en 2021.
Un programme de consolidation budgétaire difficile
Bien que le scénario de base soit qu’un programme du FMI soit mis en place en 2025, Fitch Ratings table sur une modération budgétaire des gains soient limités. Les gains de recettes non pétrolières et les nouveaux contrôles des dépenses seront compensés par une baisse des recettes pétrolières et des pressions sur les dépenses sociales. Les récentes embauches massives dans le secteur public auront leur impact sur l’ensemble de l’année 2025. Les charges d’intérêt continueront d’augmenter, tout comme la valeur nominale de la dette. Fitch Ratings table aussi sur la réduction des dépenses d’investissement, en raison des contraintes de financement, mais elles ne soutiendront qu’une faible contraction des dépenses.
Une inquiétante hausse de la dette publique
La dette publique est tombée à 67 % en 2024 contre 71 % en 2023. Cela, grâce aux remboursements de la dette extérieure et à une forte croissance nominale du PIB, mais nous prévoyons une nouvelle hausse en 2025 (71 %) et 2026 (72 %) en raison d’un PIB pétrolier nominal plus faible et de déficits budgétaires plus importants. Ce chiffre est bien supérieur à la médiane des prévisions « B » pour 2026, qui s’élève à 54 %.
Une échéance modeste des euro-obligations
En novembre 2024, le gouvernement a utilisé le produit de l’émission de la dette régionale pour racheter 290 millions USD d’une euro-obligation arrivant à échéance en juin 2025, dont il restait 315 millions USD (1,5 % du PIB). Le Gabon a un piètre bilan en matière de gestion des finances publiques, mais les autorités ont un bilan crédible en matière de priorité accordée au service de la dette des euro-obligations, même dans les périodes difficiles, y compris sous le gouvernement de transition en 2024. Selon nous, l’échéance à venir est gérable, même si elle peut contribuer à une nouvelle accumulation d’arriérés.
Des réserves régionales de change précaires
Les réserves de change communes de la CEMAC représentaient 4,4 mois d’importations de la région en septembre 2024. En tant que membre de la CEMAC, le Gabon a accès à ces réserves, mais la BEAC reste prudente dans la gestion de l’utilisation de ses réserves pour protéger l’ancrage à l’euro, qui reste essentiel à la stabilité macro-financière.
Avec Fitch Ratings



















