La zone CEMAC est caractérisée par d’importantes rigidités structurelles, qui freinent l’intégration régionale. Le commerce intracommunautaire ne représente ainsi que 3% du commerce de la zone. Il demeure contraint par la persistance de barrières douanières formelles et informelles, des réseaux de transport peu efficaces, l’existence de conflits à la fois au sein de certains États (Cameroun, Tchad, Centrafrique) et à leurs frontières (notamment aux abords du lac Tchad), ainsi que par la résurgence ponctuelle de tensions entre pays de la zone.
La sous‑région développe cependant son intégration à l’aide de diverses stratégies structurantes, portées notamment par le Programme des réformes économiques et financières de la CEMAC (Pref‑CEMAC). Créé en 2016 lors du sommet de Yaoundé, et dans le contexte de l’ajustement structurel rendu nécessaire par le contre‑choc pétrolier, il se déploie autour de cinq piliers : politique budgétaire ; politique monétaire et système financier ; réformes structurelles ; intégration régionale ; et coopération internationale.
Le Pref‑CEMAC est à l’origine de diverses avancées depuis sa création, notamment la suppression de la nécessité de visas pour les ressortissants de la CEMAC souhaitant circuler entre pays de la zone, ou la suppression des frais d’itinérance en matière de téléphonie mobile (free roaming), actée en 2020, dont le déploiement par les opérateurs a toutefois pris du retard.
L’intégration régionale s’appuie plus particulièrement sur un ensemble de projets intégrateurs, identifiés comme prioritaires par les chefs d’État de la CEMAC. Ces projets visent à développer des infrastructures de base, notamment dans l’énergie et les transports, à promouvoir le marché unique et à diversifier l’activité économique.
Le premier cycle de projets, initié en 2019, était porté par une enveloppe de financements de 3,8 milliards d’euros. Parmi les onze projets qu’il contenait, huit ont débuté et trois ont été restructurés en partenariats public‑privé (ports secs de Beloko et de Dolisie et aménagement du barrage hydroélectrique de Chollet sur le fleuve Dja entre le Cameroun et le Congo). Un deuxième cycle de 13 projets a été initié en 2023 avec une échéance à 2028. La table ronde de financements qui s’est tenue à Paris en novembre 2023 a permis d’obtenir des promesses de dons de 9,2 milliards d’euros, supérieures à l’objectif initial (8,8 milliards de FCFA).
Diverses initiatives ont en outre été mises en œuvre au niveau national ou communautaire, avec l’appui des partenaires extérieurs. Leur but est de stimuler le commerce intracommunautaire, de diversifier l’activité économique de la sous‑région, et d’œuvrer en faveur de la transition énergétique. Les instances nationales et communautaires continuent ainsi à élaborer la feuille de route relative à la stratégie d’import‑substitution 16, visant à stimuler les échanges régionaux de produits du cru de la CEMAC (riz, manioc, viande bovine, hydrocarbures raffinés).
La Commission de la CEMAC travaille en outre, avec l’appui de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (Uneca), à une politique minière commune et à un plan directeur d’industrialisation et de diversification économique. Avec l’appui de la Banque mondiale, elle définit des programmes de renforcement de la résilience des systèmes sanitaires, de valorisation du capital naturel et de développement des marchés de crédit carbone.
Enfin, tous les pays de la CEMAC ont élaboré leurs contributions déterminées au niveau national (CDN) et leurs plans nationaux d’adaptation au changement climatique (PNACC), afin de développer leur politique de transition énergétique. Enfin, le déploiement de la zone de libre‑échange continentale africaine (ZLECAf) se poursuit au sein de la CEMAC.
En août 2023, la stratégie régionale de mise en œuvre de la ZLECAf en Afrique centrale a été entérinée. Elle vise notamment à arrimer le cadre réglementaire et opérationnel commercial de la sous‑région aux dispositions de la ZLECAf, à développer le secteur privé, à promouvoir des politiques favorisant le commerce et l’investissement – notamment grâce au déploiement de nouvelles infrastructures, à l’intégration dans les chaînes de valeur régionales et mondiales, à la mobilisation des femmes et des entrepreneurs – et à développer les capacités des autorités nationales et régionales. À mi‑2024, la BEAC n’est toutefois pas encore membre du système de paiement et de règlement panafricain (PAPSS), porté par Afreximbank dans le cadre de la ZLECAf, et rassemblant 14 banques centrales africaines.



















