L’Assemblée nationale française vient de produire un Rapport d’information sur les relations entre la France et l’Afrique. Ce document met en exergue, la déliquescente position que dans laquelle se trouve l’hexagone aujourd’hui sur le continent. Une posture enrobée d’un désamour qui trouve son origine sur sa position ambivalente, entre promotion de la démocratie et soutien prolongé à des régimes autoritaires, voire dynastiques, à la légitimité parfois contestée
Dans cette radioscopie, le Gabon comme d’ailleurs tous les autres pays du cercle francophone, anglophone et même lusophone a fait l’objet d’une analyse spécifique. Ce, du fait de sa position singulière avec le pays du Général Charles de Gaulle.
Entre autres dossiers abordés concernant le pays, figure celui relatif au coup de force du 30 août 2023. Selon le rapport https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/rapports/cion_afetr/l16b1841_rapport-information.pdf, cette révolution qui a porté le commandant en chef de la Garde républicaine, le général Brice Clotaire Oligui Nguema a fait suite à la proclamation de la victoire de l’ancien président, Ali Bongo, aux élections présidentielles très contestées du 26 août 2023.
Sa survenue constitue également l’occasion de questionner le positionnement de la France envers ce pays dont les dirigeants ont perdu la confiance d’une grande partie de leur population ; les conditions de vie des Gabonais ne cessent de se dégrader malgré la forte croissance économique du pays, dont l’actualité a été ponctuée par la révélation de multiples affaires de corruption.
L’indépendance du Gabon, ancienne colonie française, le 17 août 1960, n’a pas marqué la fin de ses relations diplomatiques étroites avec la France : le premier président Léon Mba (1961 1967), renversé temporairement par un putsch militaire en février 1964, reçoit l’aide de l’armée française pour revenir au pouvoir.
À sa mort, la France soutient le régime d’Albert Bernard (Omar) Bongo, alors vice-président du Gabon, qui aura à cœur de détruire les fondements démocratiques du pouvoir : dès 1969, il met fin au multilatéralisme politique et impose un parti unique (le Bloc puis le Parti Démocratique Gabonais, PDG). Seul candidat, il se maintient au pouvoir élection après élection jusqu’à sa mort en 2009.
Il est remplacé par son fils Ali Bongo, candidat du PDG et soutenu par la France, après une élection très contestée, qui donne lieu à des violences post-électorales s’en prenant notamment au consulat général et à la concession Total de Port-Gentil. Il est réélu en 2016 avec une marge très faible : les soupçons sur la véracité des résultats du scrutin donnent de nouveau lieu à des manifestations et la France prend ses distances avec Ali Bongo.
Ce dernier brigue et obtient un troisième mandat en août 2023 face à dix-huit autres candidats politiques, dont l’ancien ministre de l’éducation et de l’enseignement supérieur, Albert Ondo Ossa. Si Ali Bongo est proclamé vainqueur de la présidentielle, il est renversé quelques heures plus tard par un coup d’État coordonné par le commandant en chef de la Garde républicaine, le général Brice Clotaire Oligui Nguema .
La France s’est trouvée gênée quant à l’attitude à adopter face au coup d’État : elle a condamné le putsch militaire du 30 août et a demandé un « retour à l’ordre constitutionnel » mais a aussi rappelé son « attachement aux processus électoraux libres et transparents », insistant sur le caractère contestable de la troisième victoire d’Ali Bongo.
Ce coup d’État intervient alors que le pays connaît une situation économique paradoxale. Si le Gabon est l’un des pays les plus riches de l’Afrique, en termes de PIB par habitant, les inégalités y sont très marquées. Ces cinq dernières années, le taux de pauvreté du Gabon a fortement augmenté : un tiers de la population vit avec moins de 5,5 dollars par jour.
De plus, le pays connaît une très forte corruption (il se place 124ème sur 180 pays au classement de Transparency International), qui le priverait, selon la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, de 400 à 500 milliards de francs CFA. En cause également, les investissements publics douteux effectués par le président Ali Bongo, notamment en faveur de la Coupe d’Afrique des nations de football en 2012 et 2017.
Depuis le coup d’État du 30 août, plusieurs anciens ministres, et des membres de la « Young Team », ont été arrêtés par le régime de transition en place, pour détournement de fonds publics, corruption et association de malfaiteurs. Ces arrestations combinées à la procédure judiciaire en France des « biens mal acquis » à l’encontre de la famille Bongo témoignent, s’il en était encore besoin, du caractère dynastique et antidémocratique de la gestion du pays par le « clan Bongo ».
Sources diverses



















