Le climat qui prévaut au sein de la Commission de la CEMAC à Malabo est loin d’être empreint de sérénité surtout lorsqu’on a été proche de l’exécutif sortant. A défaut d’une chasse aux sorcières avec des affectations et autres nominations inconvenantes, la méthode et l’approche implémentées par le nouveau président de cette institution s’y apparentent étrangement.
En effet, Baltasar Engonga Edjo’o, le nouveau patron de la Commission CEMAC ne passe pas par quatre chemins pour fustiger la gestion de son prédécesseur, le Gabonais, Daniel Ona Ondo. Les griefs évoqués portent entre autres, sur son laxisme dans le cadre du recouvrement de la Taxe communautaire d’intégration (TCI) et surtout sur sa gestion financière de l’institution.
Sur la TCI, « Il y a une décision qui a été prise pour autonomiser la collecte de la TCI. Cette mesure n’a pas été suivie d’une mesure forte au niveau de la Commission. La faiblesse de la collecte des informations est aussi due à l’atonie de la Commission qui n’assure pas le suivi de l’implémentation effective de la décision donnant l’automatisation de la collecte de la TCI », soutient-il.
Avant d’ajouter qu’« En dehors des comptes officiels, il y a d’autres structures secondaires qui facilitent la déviation des fonds collectés de la TCI au niveau du Gabon ». M. Engonga Edjo’o enfonce le clou : « Si dans certains pays on hésitait à débloquer totalement la TCI, c’est dû à la gestion de la Commission et des institutions communautaires qui ne respectent pas les principes d’orthodoxie financière ».
Cette situation a été expliquée lors d’une conférence de presse donnée à Bangui, le 31 octobre 2023, au lendemain de la 40ème session ordinaire du Conseil des ministres de l’Union économique de l’Afrique centrale.
En effet, 150 jours après sa prise de fonction, la nouvelle équipe dirigeante de la Commission de la CEMAC, en dépit de l’absence d’un acte majeur, a focalisé sans action sur un audit des comptes de l’institution réalisé par le cabinet Performance. Quoi de plus normal. Sauf que la méthode adoptée semble loin de cadrer avec l’orthodoxie administrative qui requiert tout de même des canons bien précis. Ce qui pour de nombreux observateurs, friserait tout simplement une chasse aux sorcières.
En attendant le rapport officiel de son audit, Engonga Edjo’o annonce d’ores et déjà sa couleur. Selon lui, « les grandes lignes dudit rapport présentées au Conseil des ministres apparaissaient comme une mauvaise gouvernance preuves et les pièces comptables à l’appui ». Il ajoute par ailleurs que « le cabinet d’audit a également souligné quelques faiblesses au niveau des fonctionnements. Lesquelles faiblesses ont facilité la déviation des fonds ».
Fort de cela, il annonce que « les personnes reconnues coupables de détournements seront poursuivies par les institutions compétentes ». Et qu’en outre, « Les mesures conservatoires vont concerner certains fonctionnaires en position active aujourd’hui à la Commission. Mais les autres mesures de poursuites ne relèvent pas de la responsabilité de la Commission ».
Des révélations qui interrogent et laissent plus d’un, perplexes. Surtout lorsqu’ on sait que la Commission de la CEMAC, tel un panier à crabes a pour une fois, sous le magistère de Daniel Ona Ondo passé un mandat relativement apaisé. Un climat que les observateurs avertis avaient d’ailleurs mis à l’actif de la forte personnalité qu’il incarne.
Sans pour autant faire fi de la proximité créée avec les dirigeants de la sous-région qui lui a également permis de temps en temps, de récolter quelques subsides au titre de la TCI. Une redevance que l’exécutif sortant a passé tout son mandat à réclamer, ne serait-ce que pour le fonctionnement de la Commission. Daniel Ona Ondo ne s’est par ailleurs pas figé à ces acquis. Il a en outre fait des mains et des pieds, à travers plusieurs partenariats et usé de son carnet d’adresses personnel, pour trouver des ressources à l’institution.
D’où de nombreuses interrogations suite à ce nettoyage de »l’écurie » CEMAC initié par le nouveau locataire de la Commission. En effet, si tel était d’ailleurs le cas, devrait-on jeter le bébé avec l’eau du bain ? Et qu’en outre, en ouvrant cette boîte de Pandore, Baltasar Engonga Edjo’o ne risque-t-il pas de créer d’autres précédents. Ce, d’autant que ses premiers mois à la tête de l’institution sont d’ores et déjà révélateurs de sérieux impairs. A l’instar du paiement en nature des frais de redevance de la TCI de son pays, la Guinée Equatoriale à la Commission de la CEMAC. Une disposition bien aux antipodes des textes de l’institution communautaire.
Nous y reviendrons.



















