La franco-britannique Perenco est depuis quelques temps, dans le viseur du quotidien régional français, Ouest-France, mais aussi par des associations de la société civile gabonaise. Bien que nombreuses, les griefs portés à son encontre portent entre autres, sur une fuite de pétrole provenant d’un de ses puits et qui a pollué des kilomètres de mangroves au mois de novembre 2022 dans la région d’Etimboué, au sud de Port-Gentil.
Faut-il le rappeler, la société Perenco a prospéré en Afrique et en Amérique du Sud – 3 000 gisements dans 14 pays –, en se spécialisant dans la reprise de puits de pétrole en fin de vie, délaissés par d’autres pétroliers. Elle s’est discrètement fait une place au Gabon où le secteur représente plus de 60 % du PIB.
Après avoir racheté à Total cinq sites d’exploitation en 2017, Perenco a bâti son modèle économique sur l’optimisation des puits à bas coût, en allongeant leur durée de vie. Ce qui a permis à l’entreprise de devenir leader dans le pays en termes de quantité de barils produits par jour, détrônant ainsi Total Énergies. La société est même passé pour leader dans le secteur pétrolier gabonais avec un peu plus de 100 000 barils par jour.
Loin de s’arrêter en si bon chemin, elle compte augmenter sa production au Gabon avec de potentiel investissements de plus de 450 millions de dollars (260,8 milliards de FCFA) en 2022, pour augmenter sa production pétrolière et développer l’activité gazière au Gabon. Autrement dit, Perenco demeure un poids lourd de l’économie gabonaise en termes de revenu fiscal, d’emplois et de financement d’infrastructures. Seulement ses méthodes ne sont pas sans conséquences.
Des fuites à répétition
Depuis deux ans, les habitants des lagunes du département d’Etimboué, au sud de Port-Gentil, constatent régulièrement d’épaisses flaques noires et visqueuses dans les mangroves, où le pétrole est pompé, entre terre et mer. La majorité des sites pollués se trouve à moins de 10 km des exploitations de Perenco, où des vigiles en tenue de camouflage patrouillent désormais.
« L’argent change de main »
À Olende, les camions de la route nationale brisent le silence de ce village presque fantôme. Des filets de pêche sèchent depuis des mois sous le soleil. Il n’y a pas assez de poissons, s’attristent deux locaux venus récupérer au bord de la lagune cinq carpes laissées dans une glacière la veille. Les cases se sont vidées de leurs occupants. « On ne peut plus vivre de notre activité, les jeunes sont tous partis. Sous un auvent en feuilles de bananiers, ceux qui sont restés, encore stupéfaits du dernier gros déversement se tournent les pouces ressassant les mêmes discussions depuis des mois. Les autorités sont venues constater les dégâts », s’indignent les riverains.
Une première victoire en justice
Mais quelques mois plus tard, l’enquête s’est arrêtée. Si cette enquête piétine, la société civile a obtenu une première victoire, l’an dernier. La multinationale a été mise en examen pour pollution à grande échelle par la cour d’appel du tribunal de Port-Gentil. Sans nouvelle depuis, ROLBG compte déposer plainte en France et au Royaume-Uni pour atteinte à l’environnement et participation à l’appauvrissement des populations.
Contacté par Ouest-France, Perenco affirme développer une nouvelle stratégie écoresponsable : « 100 millions de dollars pour la rénovation des cuves et un milliard pour le transformer en terminal de gaz naturel » auraient été investis, au terminal du Cap Lopez, ce qui permettra au Gabon d’entrer sur le marché restreint de l’exportation du gaz.



















