Le phénomène de versements des frais discrétionnaires aux points de contrôle parfois illégaux, le long des corridors commerciaux n’est pas nouveau. Cette gangrène a même, à maintes reprises été fustigée et condamnée par le chef de l’Etat, Ali Bongo lui-même ainsi que par le président de la Commission de la CEMAC, Pr. Daniel Ona Ondo.
C’est donc incontestablement dans cette dynamique que s’inscrit la nouvelle édition de la ‘’ Note de conjoncture économique du Gabon’’, publiée ce 09 décembre 2022 par la Banque mondiale. A travers cette production, l’institution onusienne passe le secteur agricole du pays au crible et offre des recommandations pour permettre de dynamiser le commerce alimentaire régional en devenant un moteur de la sécurité alimentaire et de l’intégration régionale.
Bien que disposant d’un fort potentiel agricole, le pays reste fortement dépendant des importations alimentaires fait remarquer la Banque mondiale. Pour relever le secteur agricole, le gouvernement a initié plusieurs programmes, dont le programme GRAINE (Gabonaise des réalisations agricoles et des initiatives des nationaux engagés), en appui aux petits producteurs. Seulement ses résultats restent mitigés.
Au Gabon, le commerce des produits agricoles reste entravé par plusieurs obstacles qui représentent jusqu’à 14 % du coût final, d’un grand nombre d’aliments pour les habitants. Une enquête menée par la Banque mondiale dans le cadre de ce rapport a conclu que 24 % des commerçants déclaraient avoir dû verser des frais discrétionnaires aux points de contrôle le long des corridors commerciaux.
Une enquête précédente de la Banque mondiale a estimé qu’environ 46 % de l’ensemble des frais payés pour le dédouanement d’un camion de 10 tonnes à la frontière entre le Cameroun et le Gabon résultaient de frais discrétionnaires.
Pour accroître l’efficacité et la transparence des activités commerciales et améliorer la circulation des biens, le Gabon doit prendre des mesures afin d’accroître la numérisation des services douaniers, simplifier la documentation en matière d’import-export, rationnaliser le nombre de points de contrôle et améliorer la capacité et l’efficacité des agences gouvernementales concernées.
« Le Gabon pourrait faire fructifier les investissements de base consentis au cours des dernières années et tirer parti de l’avantage comparatif dont il dispose dans des secteurs comme l’agriculture, la pêche, la foresterie et les services numériques. Cela permettrait d’appuyer les efforts du gouvernement en faveur de la diversification de son économie et créer les emplois dont les Gabonais ont tant besoin, » rappelle Sonia Barbara Ondo Ndong, co-auteure dudit rapport.
La Commission de la CEMAC prend le taureau par les cornes
En phase avec ces observations de la Banque mondiale, et comme par coïncidence, la Commission de la Cemac entrevoit de doter l’un des arrondissements du département de la Vallée-du-Ntem, situé précisément à la Zone des trois frontières (ZTF) entre le Cameroun, le Gabon et la Guinée équatoriale, d’un poste de contrôle unique frontalier (PCUF). « L’objectif de ce projet se résume à la facilitation des transports et du transit, la facilitation des échanges commerciaux intracommunautaires, le renforcement de l’intégration sous régionale », assure la commission. Ainsi, grâce à ce poste-frontière, il sera réalisé en un seul lieu toutes les formalités liées au transit.
Car, faut pas l’oublier, l’une des principales causes de longues périodes de transit en Afrique en général et dans la zone Cemac en particulier, faisant obstacle aux échanges commerciaux intra-régionaux, a souvent été les longues procédures de contrôle aux frontières, identiques des deux côtés de la frontière.
En plus de causer des retards, les longues périodes de transit entraînent une augmentation des coûts des transactions commerciales, et rendent ainsi les entreprises africaines moins compétitives. En effet, les contrôles aux frontières inefficaces ont un impact négatif considérable sur l’économie de la sous-région.



















