La consolidation budgétaire a surtout été obtenue par la compression des dépenses d’investissement jusqu’en 2017 puis grâce au rebond de la croissance. Si la rapidité avec laquelle le rétablissement de la situation macroéconomique a été mené doit être saluée, une analyse plus fine met en évidence les limites de l’ajustement opéré.
Les pays entrés tardivement sous-programme (Congo et Guinée équatoriale) sont ceux dont l’ajustement a été le plus déséquilibré. Mais de manière générale, ils ont tous dévié de la trajectoire promue par les programmes qui préconisait une mobilisation accrue des recettes intérieures via l’élargissement de la base fiscale et une réduction ciblée en priorité sur les dépenses courantes (maîtrise de la masse salariale, suppression des subventions qui ne bénéficiaient pas aux populations les plus fragiles, notamment les subventions aux carburants) pour préserver les dépenses d’investissements nécessaires à la croissance.
Mais en réalité, l’essentiel de l’ajustement budgétaire s’est fait avant la conclusion des programmes et a porté sur la baisse des dépenses d’investissement. Dès 2015 et 2016, face à l’effondrement des recettes pétrolières, les gouvernements ont décidé de réduire drastiquement leurs dépenses en capital (plus de 3 000 Mds FCFA en deux ans). Cela, afin de contenir le creusement du déficit. Cette tendance a été particulièrement forte en Guinée équatoriale (-1 500 milliards FCFA) et au Congo (-1 300 milliards FCFA). Le Cameroun a été le seul pays à poursuivre ses investissements dans la perspective de l’organisation de la CAN 2019.
Ces coupes ont été maintenues en 2017 et 2018 mais la reprise progressive des cours du baril et l’augmentation de la production ont généré suffisamment de recettes pétrolières pour relâcher une partie de la contrainte sur les dépenses et résorber le déficit budgétaire.
Le rebond de la croissance résulte en effet principalement du dynamisme du secteur pétrolier qui bénéficie de l’exploitation de nouveaux gisements ou d’investissements qui avaient été reportés durant la crise et qui sont désormais possibles grâce à la remontée des cours du baril.
A l’exception de la Guinée équatoriale, l’ensemble des pays producteurs d’hydrocarbures de la zone ont vu leur production augmenter en 2018-2019 grâce à l’exploitation du gisement Moho-Nord au Congo, aux investissements du chinois CNPCI au Tchad, à l’exploitation gazière au Cameroun. La production de pétrole est également repartie à la hausse au Gabon après trois années de contraction.
A l’inverse, l’activité dans le secteur hors pétrole reste peu dynamique en raison de la baisse de la commande publique, de l’accumulation d’arriérés de paiement de la part des États et plus généralement d’un environnement des affaires dégradé. Les arriérés domestiques ont d’ailleurs constitué une variable d’ajustement importante : à fin mai 2019, ils s’élevaient encore à près de 6 % du PIB de la CEMAC (et jusqu’à près de 18 % du PIB au Congo).
D’autre part, la mobilisation des recettes non pétrolières n’a commencé à donner des résultats qu’à partir de 2018 (+370 Mds FCFA sur un an) et surtout par une accentuation de la pression fiscale sur le secteur formel. Selon les prévisions du FMI, ce sont ces recettes non pétrolières qui devraient soutenir le redressement des comptes publics dans les années à venir, ce qui rend l’objectif d’élargissement de la base fiscale d’autant plus important.
Avec la Direction du Trésor (France)





























