Plusieurs initiatives de réaménagement de la dette des pays pauvres ont été annoncées au cours des dernières semaines.
Le Fonds monétaire international (FMI) a ouvert la voie en annonçant la réactivation de son Fonds fiduciaire d’assistance et de riposte aux catastrophes (ARC) avant que le Club de Paris et le G20 ne suivent en proposant la suspension des paiements sur la dette bilatérale jusqu’à fin 2020. L’objectif de ces initiatives est de permettre aux pays bénéficiaires de dégager de l’espace budgétaire afin de leur permettre de financer les dépenses prioritaires face à la crise sanitaire et économique.
En Afrique centrale, ces appuis suscitent de fortes attentes compte tenu du poids que fait peser l’endettement sur les finances publiques. Dans la zone, seuls le Gabon et la Guinée équatoriale ne sont éligibles à aucune de ces deux initiatives en raison d’un revenu par habitant jugé trop élevé.
Annulation du remboursement de ses prêts pour 25 pays africains pour une durée de six mois
Le 13 avril 2020, le FMI a officialisé la réactivation du Fonds fiduciaire ARC, créé en 2015 pour soutenir les pays frappés par l’épidémie d’Ebola, et qui offre aux pays fragiles faisant face à un choc exogène de type catastrophe naturelle des possibilités d’allègement de leur dette vis-à-vis du FMI.
Au total, 25 pays bénéficieront d’une annulation de leurs remboursements pendant une durée de six mois, dont quatre pays d’Afrique centrale (Centrafrique, Tchad, RDC et Sao Tomé). L’impact pourrait être sensible pour la RDC, un peu moins pour les autres pays de la zone. Une deuxième phase de cette initiative pourrait être lancée si la situation économique ne s’améliore pas et l’annulation des remboursements pourrait alors être prolongée pour une durée totale de deux ans.
Le Club de Paris et le G20, pour un moratoire sur la dette bilatérale
Les pays membres du Club de Paris et du G20 ont annoncé le 15 avril le lancement d’une initiative conjointe de suspension du paiement de la dette bilatérale pour les échéances dues entre le 1er mai et le 31 décembre 2020.
Une période de grâce d’un an sera accordée (en 2021) avant que le paiement des échéances suspendues ne reprenne à partir de 2022 et soit étalé jusqu’en 2024. Une quarantaine de pays du continent, considérés comme pays les moins avancés (PMA) par les Nations Unies et/ou éligibles au guichet IDA de la Banque mondiale, pourront en bénéficier à condition d’en avoir fait la requête et d’avoir conclu un programme d’urgence avec le FMI.
Les bénéficiaires de ce moratoire s’engagent en contrepartie à utiliser l’espace budgétaire ainsi libéré pour financer des dépenses sanitaires, économiques et sociales de réponse à la crise. Ils s’engagent également à ne pas contracter de nouvelle dette non concessionnelle pendant la durée de la suspension des remboursements.
En outre, le manque de données harmonisées – et suffisamment fines – empêche de donner une vision précise de l’impact potentiel de ce moratoire à l’échelle de la zone. De plus, des incertitudes persistent sur le traitement qui sera réservé à la dette chinoise (dont une partie a déjà fait l’objet d’une restructuration) et aux créances privés. On peut néanmoins anticiper que l’impact sera très différent selon les pays en fonction du profil de leur dette publique.
Au Cameroun par exemple, où les créanciers bilatéraux représentaient près des deux tiers du service de la dette en 2018 (dernières données disponibles), le moratoire pourrait représenter des montants relatifs plus élevés que dans d’autres pays où le poids des créanciers privés est plus important.




























