Cette année encore, le baromètre Africaleads du CIAN, qui mesure notamment l’image de la France auprès des leaders d’opinion africains, délivre le même message attristant : malgré plusieurs initiatives concrètes et des actes symboliques posés à l’initiative du président Macron, l’image de la France ne cesse de se dégrader.
C’est l’un des grands enseignements à tirer du Forum Afrique CIAN / L’Opinion, tenu le 18 mars 2021 à Paris en France. Face à cette décrépitude, Étienne GIROS, le président délégué du CIAN a reconnu le défi qui attend la relation entre la France et l’Afrique. Présenté comme chaque année lors du Forum Afrique, ce baromètre Africaleads 2021 du CIAN a été réalisé par l’Institut Immar entre novembre 2020 et début janvier 2021. Cela, sur la base d’un panel de 2 426 leaders d’opinion (décideurs politiques et économiques, hauts fonctionnaires, leaders associatifs, journalistes, influenceurs, chefs religieux…) répartis sur 12 pays (8 francophones dont quatre arabisants, et quatre anglophones).
Un panel donc assez conséquent pour être représentatif de « 60 % de la population africaine » visée, a observé Étienne Giros, Président délégué du CIAN, qui a présenté le baromètre en tandem avec Mohamed El Kachi, directeur des études d’Immar. « L’image des pays étrangers auprès des leaders d’opinion africains, étroitement corrélée à ce qu’il est convenu d’appeler leur “softpower”, constitue un précieux indicateur de leur attractivité », relève Étienne Giros en introduction à la présentation des résultats du baromètre, une fois de plus décevants et inquiétants pour la France
Classée 7e, la France a perdu deux places en deux ans
En effet, en réponse à la question « Quels sont les trois pays non-africains dont vous avez la meilleure image ? » la livraison Africaleads de cette année nous apprend donc que les États anglo-saxons (États-Unis, 47 % des votes ; Canada, 34 % ; RU, 28 %) et l’Allemagne (37 %) monopolisent les quatre premières places, suivis de la Chine (22 %, avec tout de même 15 points perdus en trois ans), le Japon (19 %)…« En même temps »… la performance de la France s’est encore dégradée : alors qu’elle était classée 5e en 2019 et 6e en 2020, elle est reléguée à la 7e place (17 % des votes), distancée par tous ses compétiteurs traditionnels et désormais talonnée par la Turquie (15 %).
Pourquoi le recul persistant de l’image de la France en Afrique ?
Pourquoi une telle détérioration, et si constante, malgré les nombreux actes concrets – hausse par milliards d’euros des prêts bonifiés AFD à l’Afrique, initiatives nouvelles de Bpifrance en faveur de l’investissement sur le Continent, soutien aux entrepreneurs de la diaspora, notamment grâce au plaidoyer du CPA, etc. – et autres gestes symboliques impulsés par le président de la République, comme le début de restitution d’œuvres d’art à d’anciennes colonies, ou encore l’amorce d’un processus de réconciliation mémorielle… ?
Étienne Giros esquisse des pistes d’explication :
« La France continue son lent décrochage puisque nous perdons deux places en deux ans… Malheureusement, alors que notre action en termes d’impact est à 360 degrés, puisque la France a une action politique, diplomatique, militaire évidemment, et économique avec ses entreprises, que nous représentons ici. On a donc le sentiment que plus on a un impact fort, plus on intervient, plus on donne le biais et des angles à la critique. Comme l’on dit, qui aime bien châtie bien ! Compte tenu de la relation intime que nous avons avec beaucoup de pays africains, je pense que cela explique un peu les choses.», indique-t-il.
Aussi, relève encore Étienne Giros, « comme les leaders d’opinion africains s’informent majoritairement auprès des médias français – c’est un autre enseignement du baromètre : 46 % d’entre eux regardent en priorité la télévision pour s’informer, et France 24 arrive en tête, suivie par la BBC –, ils connaissent très bien ce qui se passe chez nous… » Comme il le dit encore, cet Africaleads 2021 est donc « un petit peu décevant pour l’impact de la France dans le continent africain ». Mais chacun entend bien ce que cette douce litote suggère clairement : c’est très attristant !
Le temps de réagir est venu, tel est le message délivré en conclusion par le Président délégué du CIAN
« Nous autres, Français, avons devant nous un défi à traiter qui est la lente érosion de notre image aux yeux des leaders africains et donc de l’opinion africaine. Je pense que nous devons reconstituer un récit de notre relation avec l’Afrique. Car en tout cas, du point de vue des entreprises françaises, je crois que ce que nous faisons ne manque pas d’atouts, et qu’il faut donc davantage l’expliquer, construire un nouveau narratif. C’est le défi qui nous attend et nous allons tous le mener ensemble.», a-t-il conclu.



















