Dans un rapport portant sur l’évaluation de l’impact de la crise sociopolitique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, publié en janvier 2021, la Banque mondiale met en lumière, la participation de l’Etat pour les besoins de ses régions déconcentrées et décentralisées.
Sans pour autant indiquer la clé de répartition des ces appuis financiers, l’institution onusienne indique tout simplement la contribution de l’Etat, tant bien que mal, au financement des investissements publics des régions, notamment la rénovation des routes et la construction ou l’entretien de bâtiments publics, d’hôpitaux et d’universités, à travers des transferts chaque année, au budget desdites régions.
Entre 2013 et 2019, ces transferts ont représenté en moyenne 16 % du budget national, avec de fortes variations selon les années, précise la Banque mondiale, qui souligne par ailleurs que sur l’allocation totale, seul environ 1 % a été transféré aux entités décentralisées, relève le rapport.
Lequel précise que « Sur la même période, le Nord-Ouest a reçu en moyenne 5 % de ce budget, alors qu’il compte près de 9 % de la population nationale. Quant au Sud-Ouest, qui abrite près de 7 % de la population, il a reçu 52 % des allocations budgétaires totales en 2013, contre 18 % en 2019, avec une baisse significative de 30 à 7 % qui peut être associée au début de la crise en 2016″.
Perceptions et réalité de la marginalisation et de l’exclusion
Quant aux différences socioéconomiques objectives entre les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et le reste du pays souvent mis en exergue par certains milieux pour justifier certains une certaine posture, l’étude révèle qu’elles ne correspondent pas exactement aux perceptions d’inégalité et d’exclusion de la population anglophone.
« Si des inégalités objectives peuvent exister, elles semblent jouer un rôle démesuré dans les inégalités perçues. Les premiers résultats suggèrent que la crise des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest est avant tout une crise politique — l’expression la plus récente de griefs de longue date sur la langue, l’identité et l’autonomie locales, déclenchée ici par l’escalade précoce de la réponse du gouvernement »,affirme l’institution.
A preuve, poursuit-elle, « Avant la crise, les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest n’étaient pas en retard sur le reste du pays en termes d’indicateurs économiques et sociaux. Au contraire, au niveau infranational, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest ont l’indice de capital humain (ICH) le plus élevé du pays ».
Et d’ajouter, « De plus, ces deux régions sont les plus connectées au numérique du Cameroun, derrière Yaoundé et Douala. Les personnes interrogées ont déclaré qu’il y avait une admiration générale dans tout le pays pour le système éducatif du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ainsi qu’un grand respect pour son ordre public et ses « bonnes manières », une perception qui a incité certains parents francophones à envoyer leurs enfants à l’école dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. La plupart des richesses pétrolières du Cameroun, qui représentent un douzième de son PIB, sont situées au large des côtes du Sud-Ouest ».
Pourtant, les anglophones se plaignent d’être exclus de la prise de décisions liées aux ressources de leur région, avec une faible représentation dans les sociétés pétrolières d’État telles que la Société nationale de raffinage (Sonara) et la Société nationale des hydrocarbures.
Ce grief est davantage amplifié par un sentiment préexistant d’opportunité perdue, en ce qui concerne les investissements nationaux potentiels dont auraient bénéficié des villes comme Buea, Limbe, Kumba et Bamenda si le Nord-Ouest et le Sud-Ouest avaient suivi la voie de l’indépendance plutôt que celle de la réunification, relève la Banque mondiale.




















