Dans ses récentes mises à jours des dynamiques économiques en Afrique centrale, la Commission économique africaine (CEA) se veut plus ou moins optimiste sur les perspectives sous-régionales. En effet, souligne-t-elle, la sous-région a continué de faire preuve de résilience en 2024 avec une croissance moyenne du PIB réel qui s’est établie à 4,5 % contre 3,4 % en 2023. Une modeste évolution tributaire du résultat des bonnes performances des secteurs pétroliers des pays exportateurs, mais également du dynamisme du secteur non pétrolier soutenu par la production agricole, l’industrie manufacturière, la construction et les services.
Malgré cette dynamique, les perspectives restent préoccupantes pour les années 2025 et 2026, en raison des retombées des tensions géopolitiques mondiales qui pèseraient sur la demande, les prix du pétrole et du gaz et qui entraineraient une baisse des recettes et une hausse du déficit budgétaire sont attendues. Danses analyses, la CEA renseigne que les recettes totales de la sous-région devraient baisser significativement en 2025-2026 et le déficit budgétaire en pourcentage du PIB devrait quant à lui, se creuser à 2,2% et 2,4% en 2025 et 2026 respectivement. Seulement, la situation varie par pays.
Au Cameroun, leader économique de la sous-région, le budget 2025 prévoyait une diminution des dépenses non prioritaires et une augmentation des dépenses sociales et d’investissement. Les dépenses en biens et services, qui comprennent les dépenses électorales et de sécurité, devaient subir une augmentation de 11,5 % par rapport à 2024.
Il est probable que le gouvernement camerounais dépasse le budget prévu pour les subventions aux carburants en particulier au cours de l’année électorale 2025. Le déficit budgétaire devrait ainsi se creuser en atteignant 0,8 % du PIB en 2025 et 1,2% du PIB en 2026. Le déficit budgétaire sera financé par des financements extérieurs concessionnels et par la dette intérieure. La dette publique en pourcentage du PIB devrait aussi continuer à diminuer en 2025 et 2026, pour atteindre 39,9% et 38,6% respectivement.
Au Congo, le budget 2025, approuvé en février, prévoyait une baisse de 16 % des recettes pétrolières, en raison de la baisse des cours internationaux du pétrole et du gaz. L’assainissement budgétaire devrait être progressif en 2025 et 2026, les autorités congolaises cherchant à améliorer l’efficacité des dépenses publiques en réduisant les subventions aux entreprises publiques et en ralentissant l’augmentation de la masse salariale dans le secteur public.
Par conséquent le solde budgétaire devrait enregistrer un excédent de 3,5% du PIB en 2025 et 2,5% du PIB en 2026. Les efforts visant à améliorer la gestion de la dette publique, la transparence fiscale et la gestion des finances publiques, permettraient d’accélérer et de consolider les progrès réalisés en matière d’assainissement budgétaire. La dette publique devrait continuer à diminuer, passant de 91,4 % du PIB à fin 2025 à 87,1 % du PIB à fin 2026.
Pour ce qui est du Gabon, le déficit budgétaire devrait se creuser davantage en 2025 et 2026 à 5,9 % du PIB et 6,2% du PIB respectivement, dans la mesure où les efforts d’assainissement budgétaire sont entravés par l’étroitesse de l’assiette fiscale et la faiblesse des recettes non pétrolières. La pression sur les dépenses resterait forte, conformément à la poursuite attendue de l’extension des subventions (pour les carburants, y compris le diesel pour les industries et les intrants agricoles), à l’augmentation soutenue de la masse salariale du secteur public, à l’augmentation des paiements d’intérêts et aux dépenses liées aux élections présidentielles et législatives. Le déficit budgétaire sera financé principalement par l’émission de dette régionale. Malgré un marché régional généralement étroit, le Gabon a réussi à lever l’équivalent de 4,1 % du PIB sur les marchés régionaux en 2024.
A la fin du mois d’avril 2025, le Gabon a réaménagé environ 1 milliard de dollars d’obligations et de bons en monnaie locale – qui représentent environ 34 % de l’encours de la dette du pays sur les marchés régionaux – dans le cadre d’un exercice de gestion des liquidités, ce qui contribuera à atténuer les tensions sur les remboursements à court terme. Le Gabon reste toutefois exposé à un risque élevé de surendettement en raison de la progression fulgurante du ratio dette publique/PIB et d’une politique budgétaire difficilement soutenable. Le ratio de la dette publique devrait augmenter progressivement pour atteindre 79,2% et 82,3 % à la fin de 2025 et de 2026 respectivement.
En Guinée Equatoriale, le budget 2025 prévoyait une augmentation modérée de 4% des dépenses par rapport à 2024, soulignant la retenue des autorités conformément à l’objectif de consolidation budgétaire dans le cadre du plan de redressement en cours avec le FMI, et de compensation de la baisse des recettes pétrolières. Les dépenses publiques se concentreront sur les dépenses courantes, telles que les salaires du secteur public et l’aide sociale, ainsi que sur l’investissement public.
Le budget 2025 prévoyait également une baisse des recettes de 13%, en raison de la chute des recettes tirées des hydrocarbures. Ainsi, le solde budgétaire en pourcentage du PIB resterait déficitaire en 2025 et 2026, à hauteur de 0,8% et 2,1% respectivement. Le ratio de la dette publique resterait quasi inchangé en 2025 et 2026 à 35,8% du PIB en moyenne sur la période, alors que le gouvernement poursuit sa consolidation fiscale. Les autorités équatoguinéenes continueront à mobiliser le marché régional des capitaux à travers les banques locales et régionales, afin de couvrir le déficit fiscal.
Au Tchad, le déficit budgétaire devrait se contracter à 0,8% du PIB en 2025 conformément à une modération des dépenses et à certaines réformes fiscales. Le fardeau de la dette publique devrait restée stable en 2025-2026 à 33% du PIB en moyenne. Le Tchad comblera son déficit budgétaire principalement en levant des fonds sur le marché des capitaux régional. L’emprunt extérieur, qui représente environ la moitié de la dette publique du pays, sera en grande partie concessionnel, provenant de partenaires bilatéraux et multilatéraux, car les préoccupations existantes concernant la viabilité de la dette limitent l’accès du Tchad au crédit non concessionnel.
Somme toute, les finances publiques de la sous-région restent structurellement tributaires des cours des principaux produits de bases dont les fluctuations exposent les pays à des déséquilibres macroéconomiques importants marqués notamment par une augmentation potentielle du niveau de l’endettement et une aggravation des déficits budgétaires ainsi qu’une baisse substantielle des réserves extérieures. Il est donc important pour les pays de l’Afrique centrale de poursuivre les réformes de leurs finances publiques pour disposer de l’espace budgétaire nécessaire à la mise en place des investissements essentiels à l’accroissement de leurs capacités



















