La dernière sortie du Gabon sur les marchés financiers internationaux s’est récemment soldée par un large succès avec à la clé, le rachat partiel de l’obligation internationale à échéance 2024, à hauteur de 750 millions de dollars et l’émission d’une nouvelle obligation internationale d’un montant de 600 milliard de FCFA, avec une maturité moyenne de 10 ans et un coupon de 6,625%.
Si cette opération a été saluée par nombre d’acteurs économiques et financiers nationaux et même internationaux, il n’en demeure pas moins vrai qu’elle a également suscitée de nombreuses réserves. Dans cette catégorie se positionne l’analyste économique gabonais, Mays Mouissi.
A la faveur d’un entretien à la presse locale, il revient sur la nature ainsi que les enjeux de cette nouvelle sortie du pays sur le marché des capitaux. Mays Mouissi indique avoir déjà attiré l’attention du gouvernement sur la nécessité de maîtriser l’endettement du pays, tout en faisant un bon usage des fonds empruntés.
Pour un effort pour le remboursement des dettes sur ressources propres
Lors d’une conférence dédiée au bilan du Plan de relance de l’économie (PRE), organisée le 10 août 2019, à Libreville, ‘’A l’ endroit de l’opinion j’indiquais la proximité de plusieurs échéances d’eurobonds et l’incapacité du gouvernement à assurer le remboursement de ces dettes importantes sur ressources propres. Inquiet de cette perspective, j’annonçais également que le gouvernement souscrirait de nouveaux emprunts pour rembourser les eurobonds antérieurs arrivés à échéance. Nous y sommes’’, indique-t-il.
Selon lui, ‘’en dépit du fait que le nouvel emprunt obligataire de près de 600 milliards FCFA a pour principal objectif de financer le remboursement d’un eurobond de 2013, dont l’échéance était fixée initialement à 2024, le pays, semble-il est rentré dans une spirale où l’essentiel des gros emprunts souscrits sur les marchés internationaux servent d’abord à rembourser des dettes antérieures plutôt qu’à financer prioritairement des projets de développement’’.
Et de poursuivre : ‘’ D’autres échéances de remboursement du capital d’eurobonds étant prévues dans un futur proche, il faut s’attendre à ce que le gouvernement réitère cette opération puisqu’il ne sait pas rembourser autrement ce type d’emprunt’’, prévient l’analyste économiste gabonais.
Entrée dans une spirale de la dette ?
L’impact de ce nouvel eurobond sur l’encours de la dette publique, et les perspectives à long terme de l’économie gabonaise sera évident. Et Mays Mouissi de préciser, ‘’le nouvel eurobond va allonger la durée de la période d’endettement. En effet, l’emprunt dont il va assurer le remboursement partiel était prévu pour être éteint en 2024 tandis que la période de remboursement du nouvel emprunt s’étend jusqu’en 2030’’. Etant en entendu que la maturité d’un eurobond désigne la durée convenue de remboursement des intérêts et du principal.
Les impacts du nouvel eurobond
L’orateur identifie trois impacts. Le premier est celui de reporter la charge du remboursement de cette dette sur les générations futures. Le second porte sur la conservation d’un pourcentage de dette publique financiarisé relativement élevé par rapport à la moyenne en Afrique subsaharienne. Tandis que le troisième, concerne l’accroissement de la charge de la dette sur les ressources publiques.
Quid du nouvel eurobond ?
Sur ce nouvel eurobond, Mays Mouissi dit observer que ‘’le gouvernement a remplacé une dette placée à 6,375% échéance 2024 par une nouvelle dette plus chère et plus longue placée à 6,625% échéance 2030 avec un spread de coupon défavorable de 28 points de base. Au passage on a augmenté le stock de dette national de plus de 200 millions de dollars. Ça, le ministre en charge de l’Economie s’est bien abstenu de le dire dans son communiqué. Chacun peut comprendre pourquoi’’, s’interroge-t-il.
A propos du « rachat partiel » de l’obligation internationale à échéance 2024 souscrit en décembre 2013, annoncé par le gouvernement, Mays Mouissi souligne ‘’qu’une part importante de l’eurobond échéance 2024, sera remboursé par le nouvel eurobond échéance 2030’’. De son avis, ‘’outre l’augmentation de l’intérêt du nouvel emprunt par rapport au précédent de 28 points de base, ce nouvel emprunt va accroitre le stock de dette national ainsi que la charge de la dette’’, explique-t-il.
Au demeurant, Mays Mouissi préconise au gouvernement la possibilité ‘’d’assoir le financement du développement de notre pays sur nos ressources internes’’. L’enjeu, selon lui, ‘’étant de parvenir à les accroître considérablement, de réaliser de vraies économies sur le fonctionnement de l’Etat et de faire des choix intelligents dans l’affectation des ressources publiques’’.
Et d ‘ajouter » Nous avons une fiscalité bridée par nature. Héritée de la colonisation, elle ne tient pas assez compte du contexte et des réalités locales. Reformez profondément la fiscalité gabonaise et notre pays disposera immédiatement de plus de ressources pour son développement’’.
Il n’y a pas péril en la demeure…
Avec une dette publique aux alentours de 5500 milliards FCFA à fin 2019, Mays Mouissi soutient que le Gabon pourrait encore inverser la tendance haussière de sa dette, tout en assurant un financement raisonnable de son développement. La seule condition selon lui, étant d’avoir de la vision, de la compétence et de la volonté politique.





























